Duvernet. La vie de Voltaire, p
consommer sans retour l'abus qu'il voulait faire desdits papiers et.de donner par là une secousse si violente à la fortune du plaignant qu’il ne pourrait jamais s'en relever. le plaignant ne pouvant autrement obtenir la remise de ces mêmes papiers qu'en se soumettant aux dures conditions qui lui sont imposées par ledit Dumoulin, s'y est enfin déterminé par le conseil de gens prudens et sages. A cet effet, ils ont pris parole ce jourd’'hui pour huit heures en l'étude dudit M. Ballot, notaire, à l'effet de consommer le sacrifice qu'il est nécessité de faire d'une partie de son bien en faisant ladite rétrocession des 23.700 livres au profit dudit Dumoulin . et en acceptant en payement d'incelle celle de 3.000 1ivres seulement payable, comme dit est, en trois années par tiers; Mais, comme il ne serait pas juste que l'acte que le plaignant va signer par une crainte capable d'ébranler tout homme constant, qui est la perte de son bien et de son repos, puisse lui nuire, ni lui préjudicier, sa volonté n’y ayant aucune part, il a été conseillé de se retirer par devant nous avant de signer ledit acte pour faire les déclarations ci-dessus et protester que ledit acte ne pourra lui être objecté par la suite comme étant frappé du vice le plus essentiel qui puisse invalider un acte, qui est le défaut de consentement et de volonté de l’une des parties contractantes et protestant de tout ce qui est à protester. ».
Nous avons pris tous ces détails dans la « Plainte rendue par Voltaire contre le sieur Dumoulin, son homme de confiance, qu’il accuse de lui avoir dévoré une par-
« tie de son bien » 1, acte qu'il a passé devant notaire le 12 juin 1736 avant de signer devant M. Ballot l'abandon des 20.700 livres au profit de Dumoulin. Mais Voltaire n'était pas encore sûr de l'effet de sa plainte, et le même jour il la répétait, après l’acte de cession en faveur de Dumoulin, à dix heures du soir devant le même notaire.
Des actes passés entre Voltaire et Dumoulin le 17 mai et le 12 juin 1736, il résulte que la somme due à Voltaire le 17 mai s'élevait à vingt-trois mille quatre cents livres. Le 12 juin il accepta pour solde une promesse de paiement de trois mille livres, exigibles par tiers le 12 juin 1737, 1738 et 1739; plus tard il fit encore abandon de sept cent cinquante livres. Il en résulta donc pour lui une perte totale de 21.150 livres 2.
Le compte définitif accrut encore cette somme et porta la perte à 24.750 livres. Dumoulin donna pour cette somme cette quittance qui est du 19 janvier 1743 : « Je sous- « signé reconnais que M. de Voltaire ayant prêté à ma « femme et à moi la somme de vingt-sept mille livres et « vu le mauvais état de nos affaires, ayant bien voulu se « restreindre à la somme de trois mille livres, par con- « trat obligatoire passé entre nous, chez Ballot, notaire, « le 12 de juin 1736, et nous a remis et accordé sept cent « cinquante livres, restant des trois mille livres à payer, « et m'en a donné une rétrocession pleine et entière » 3,
1. Emile Campardon. Voltaire, Documents üinédits recueillis aux Archives Nationales. Paris, 1880, p. 25 a 30, 1736-12 juin.
2. Lettre à Moussinot, du 31 août 1736, éd. Moland, tome XXXIV, p. 113 et note.