‹ Voltaire FinancierChapitre 27 sur 108 · Lettre à de Cideville, du 10 juin 1733, éd. Moland, tome · texte numérisé non relu

Lettre à de Cideville, du 10 juin 1733, éd. Moland, tome

XXXIII, p. 349.

2, Lettre à de Cideville, du 19 juin 1733, éd. Moland, tome

XXXIII, p. 351.

« priez de ne point imprimer et d'empêcher qu'on im- « prime, à Rouen, les Lettres qui courent à Londres sous « votre nom. Je vous promets de faire sur cela ce que « vous désirez. Il y a longtemps que j'ai pris la résolu- « tion de ne rien imprimer sans permission, et je ne vou- « drais pas commencer à manquer à mon devoir pour « vous désobliger.…. » 1,

La situation paraissait si dangereuse que Voltaire se croit forcé d'écrire à Thieriot le 28 juillet 1733 de reculer tant qu'il peut l'édition française de Londres, car il sera, dit-il, perdu si elle paraît à présent, et il fait tout son possible pour retarder la mise en vente de l'édition de Jore. Mais le libraire s'mpatiente, peut-être avec raison, car l'édition est prête.

Pour retarder encore l'apparition de cette édition, Voltaire prête à Jore, en avril 1734, la somme de 1.500 livres pour quatre mois. Au bout de deux, cette dette est déjà acquittée ?. Jore convient de ce prêt, mais on ne prête qu'aux gens auxquels on ne doit rien payer; il est donc logique de supposer que l'édition n'était pas imprimée pour le compte de l’auteur, comme l’affirmera Jore dans son Factum, vraisemblablement le produit devait être partagé entre l'éditeur et l’auteur. Jore avait livré à l’auteur deux exemplaires des Lettres, « dont l’un fut prêté à « Madame de ‘‘*, et l’autre, tout décousu, fut donné à . « François Josse, libraire, qui se chargea de le faire relier

1. Lelitre à de Cideville, 19 juin 1733, éd. Moland, tome XXXIII, P. 31.

2. Lettre à Jore, du 24 mars 173%, édi. Moland tome XXXIV, p. 59 à 61.

« pour M. d’Argental, à qui il devait être confié pour « quelques jours » 1.

Cette démarche consistant à confier pour le faire relier un livre aussi précieux et aussi dangereux à un libraire, et non à un relieur, nous paraît, malgré tout, un peu trop imprudente de la part de Voltaire, qui savait préparer son édition avec un soin si minutieux, et nous sommes porté à croire que ne pouvant pas obtenir de Jore les cinquante exemplaires pour les répandre à propos ?, il avait voulu faciliter une édition contrefaite pour diminuer le scandale que devait soulever l'apparition de son livre.

François Josse en prit copie.en une nuit et s’associa avec un de ses cousins, René Josse, pour faire une contrefaçon de l'édition de Jore, et René Josse en fit encore une pour son propre compte. François Josse, furieux de voir que son cousin avait fait sans l’avertir une édition pour son compte, alla le dénoncer à Dumoulin, l'homme d'affaires de Voltaire 3. ,

Pendant ce temps, des exemplaires des deux éditions contrefaites par François et René Josse avaient commencé à circuler dans Paris. Jore est arrêté et conduit à la Bastille et un peu plus tard on arrête aussi René Josse.

Voltaire se trouvait alors en Bourgogne où il assistait au mariage de son grand ami, le duc de Richelieu, quand

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