Factum de Jore, du 9 juin 173%, éd. Moland, tome XXXIV
garde des sceaux ne voulait que savoir la vérité pour tout pardonner et pour le rétablir dans sa maîtrise. Voltaire, qui ne se doutait de rien, lui écrivit le 24 mars 1736 « une « longue lettre bien détaillée, bien circonstanciée, bien « regorgeante de vérité »; et l’avertit qu'il n'avait autre chose à faire que de tout avouer naïvement.
A peine Jore a-t-il cette lettre entre les mains il sent qu'il a l'avantage sur Voltaire et lui déclare que s'il ne donne. pas 14.000 livres 6 sous, qui représentent ce qu'avait coûté l'édition des Lettres, il va le dénoncer comme auteur at l'éditeur des Lettres philosophiques, ce qui attirera. sur lui la colère du garde des sceaux qui se verra trompé dans toute cette affaire. |
Voltaire, pour éviter le scandale, lui propose cent pistoles pour solde de compte; Jore refuse, fait assigner l’auteur des Lettres le 5 mai 1 et obtient la saisie de ses effets. Elle avait lieu le 21 mai 1736 et portait sur pas moins de dix-huit mille cinq cents livres de valeur ?.
« Cette maudite lettre faisait tout l'embarras, écrivait « Voltaire à Cideville le 2 juillet 1736; c'était une convic- « tion que j'étais l’auteur des Lettres philosophiques. « Rien n'était donc si dangereux que de gagner sa cause « juridiquement contre Jore ». Ne pouvant pas plaider, Voltaire fait agir ses amis et ses protecteurs, qui finissent par obtenir de Hérault, lieutenant général de police, qu’il soit le médiateur. Voltaire lui écrit : « Puisque vous vou-
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1.Factum de Jore, 9 juin 1736, éd. Moland, tome XXXIV, p. 80 à 88.