‹ Voltaire FinancierChapitre 33 sur 108 · L. Foulet, Correspondance de Voltaire, p. 82 note · texte numérisé non relu

L. Foulet, Correspondance de Voltaire, p. 82 note

L'abbé Moussinot administrait la fortune de Voltaire sous le nom de son frère, qui avait la procuration, mais n'était qu'un prête-nom. Son habileté et son zèle inspirèrent à Voltaire une confiance sans bornes. Il lui écrit le 19 mars 1739 : « … je m'en rapporte uniquement à « vos livres, ou à votre parole, au défaut de vos livres, priant mes héritiers de s'en rapporter uniquement à « votre parole. C'est ce que j'ai déjà bien expressément « établi dans mon testament, et ce que je vous enverrai « signé quand vous voudrez 1, » La correspondance de Voltaire avec Moussinot nous montre le chanoine plaçant des fonds, achetant, vendant, participant à des ventes aux enchères et revendant ensuite pour son propre compte et pour celui de Voltaire, lui procurant durant Ses longues absences de Paris les cotes des bourses, des livres pour ses études, des instruments pour ses expériences, des meubles des ustensibles de toilette, des friandises pour sa table et des correspondants pour satisfaire sa curiosité.

C'était lui qui était chargé de négocier de petits accommodements pour les prix des articles vendus trop cher à Voltaire? et qui avait la mission, peu attrayante, de rappeler à l'exactitude des créanciers tels que le duc de Richelieu, le duc de Villars, le marquis de Lezeau et d’autres.

1. Lettre à l'abbé Moussinot, du 19 mars 1739, éd. Moland, tome XXXV, p. 221.

2. Lettre à l'abbé Moussinot, du 25 avril 1739, éd. Moland, tome XXXV, p. 261.

Les commissions de Voltaire étaient souvent difficiles à bien exécuter; comme exemple, on peut citer celle du 2 septembre 1740 : « Meublez le palais 1 comme vous « pourrez, au meilleur marché que vous pourrez, le plus « tôt que vous pourrez, à payer de quinzaine en quin- « zaine, comme vous pourrez. »

ette correspondance avec Moussinot nous montre un Voltaire spéculateur des plus attentifs, habile à risquer, à la fois généreux et égoïste, soucieux de l'intérêt de ses amis et du sien, redoutant par-dessus tout d'être volé 2 et affirmant sans cesse qu'il « n'entend guère les affaires, « encore moins les procédures 3 ».,

Toutefois, l’abbé Moussinot n'était pas le seul agent employé par Voltaire pour les négociations de ce genre: mais nous voyons le poète recourir aux bons offices, soit du frère de l'abbé, soit de ses amis, car les débats avec les libraires pouvaient paraître comjpromeitants pour un chanoine. Voltaire chargeait aussi d'emplettes la sœur de Moussinot, car certains achats ne pouvaient être faits que par une fenyme.

Voltaire, qui donnait tant de peine à la famille Moussinot, la récompensait généreusement. « Il faudrait que

i. Palais Lambert, que voulait acheter la marquise du Châ:telet. ; 2. « Je suis très fâché qu’on n'ait pas fait marché avec le pein- » tre. Dorénavant, je ferai des marchés pour tout, fût-ce pour des » allumettes, car les hommes abusent toujours du peu de pré- » cautions qu'on a pris pour eux. » Lettre à Moussinpt, du 30 juillet 1736, tome XXXIV, p. 98, éd. Moland.

3. Lettre au prince de Guise, mars 1738, éd. Moland, tome XXXIV, p. 428.

« vous me fissiez l'amitié de prendre par an un petit « honoraire, d'amitié, — écrivait Voltaire à Moussinot «le 30 maïs 1737. Agissons sans aucune façon. Vous « aviez une petite rétribution de vos chanoines; traitez- « moi comme un chapitre; prenez le double de ce que « vous donnait votre cloître, sans préjudice du souvenir « que j'aurai toujours de vos soins. » Dans une lettre du 7 octobre 1737, Voltaire annonce à l'abbé Moussinot que Prault doit donner cinquante livres à son frère. Le 18 août 1740, il lui annonce qu'il faudra vendre le manuscrit de la réfutation ‘de Machiavel (par Frédéric Il) pour mille écus, dont le dixième sera pour lui. Le 8 janvier 1741, il lui offre une rente foncière de cent livres et fait à son frère une gratification de cinquante livres 1.

Le ménage de Voltaire. — Malgré ces faits, M. Nicolardot a absolument tenu à nous représenter un Voltaire avare, craignant de dépenser un sou pour lui et surtout pour les autres. La Correspondance de cette époque lui donne un démenti formel, il est vrai que, pendant les premières années qui ont suivi son retour d'Angleterre, il ne dépense presque rien pour son entretien, car il est toujours l'hôte de l’un ou de l’autre de ses riches amis et surtout de madame de Fontaine-Martel; mais peut-on lui reprocher d'accepter et même de regretter, plus tard, une hospitalité gracieusement offerte ?

Il ne regrette pas les pertes d'argent, même les plus

1. Leitre à l'abbé Moussinot, 8 janvier 1741, éd. Moland, tome XXXVI, p. 4.

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