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considérables. Voici en quels termes il en annonce une à son ami Cideville : « J'ai eu la sottise de perdre douze « mille francs, au biribi, chez Madame de Fontaine-Mar- « tel; je parie que vous n'en avez pas tant fait... » 1.
Le 27 janvier 1733 il écrit au même : « J'ai perdu, com- « me vous savez peut-être, mon cher ami, Madame de « Fontaine-Martel; c’est-à-dire que j'ai perdu une bonne « maison dont j'étais le maître, et quarante mille livres de rente qu'on dépensait à me divertir ». Le 15 mai 1733 il quitte les « agréables pénates de la baronne » et « va claquemurer » chez Dumoulin, en face du portail Saint-Gervais.
Nous le voyons tenant une maison, la meublant, s’arrangeant non seulement pour mener une vie douce, mais pour la partager avec quelques gens de lettres qui voudront accepter son hospitalité 2.
Mais c’est seulement pendant un temps très court qu'il peut profiter de cette demeure; les persécutions que lui ont attirées ses ouvrages, et surtout la liaison intime avec la marquise du Châtelet, l’engagent à s'établir à Cirey, en Champagne. Dans cette propriété des du Châtelet, située dans « .… une petite vallée riante, entourée de bois. » 3 il trouvait « une retraite délicieuse, auprès de la femme la « plus respectable, dont la société lui fournit toujours de
1. Lettre à de Cideville, 3 septembre 173%, éd. Moland, tome XXXIII, p. 291.
2, Lettre à Cideville, du 19 juin 1733, éd. Moland, tome XXXIII, p. 351.
3. Lettre au baron de Keyserlingk, éd. Moland, tome XXXIV, @. 301.
« nouvelles leçons » 1. A Cirey il bâtit, en qualité d'ami officiel de la marquise, des terrasses de cinquante pieds de large, des cours en balustrade, des bains de porcelaine, des appartements jaune et argent avec des niches en magots de Chine? pour la marquise et pour lui, il est « le piqueur » de ceux qui travaillent et écrit chaque jour leurs noms dans un grand livre de comptes 3.
Pour cette maison de Cirey, il fait venir d'Angleterre des serrures de cuivre; un nécessaire d’argenterie de chez Hébert pour lequel il donne un à-compte de douze cents livres; des meubles; une cheminée de marbre de quatrevingt-cinq livres; un cabinet de physique de chez l'abbé Nollet et lui commande un envoi d'instruments de physique de plus de quatre mille livres, car « nous sommes « dans un siècle où on ne peut être savant sans argent »; il songe à faire faire une tapisserie qui représenterait les principaux épisodes de La Henriade et qui lui reviendrait à environ dix mille francs. Ce ne furent pas ses seules dépenses. Pendant son séjour à Bruxelles, en 1739, cet « avare » donne à ses dépens une magnifique fête à Mme du Châtelet, à Mme la princesse de Chinay et à M. le duc d'Aremberg.
L'appartement de Voltaire à Cirey ressemblait peu à celui d’un avare. Voici la description qu’en fait madame de Grafigny, qui résida six mois au château : « … une
1. Lettre à Frédéric, prince royal de Prusse, octobre 1738, Moland, XXXIV, 1p. 582.