‹ Voltaire FinancierChapitre 36 sur 108 · Lettre à Thieriot, 20 décembre 1738, ibid, XXXV, p · texte numérisé non relu

Lettre à Thieriot, 20 décembre 1738, ibid, XXXV, p

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encore cette somme; le 18 mars 1737, il lui donne 18 livres; le 4 janvier 1738, lui fait donner vingt-quatre livres et, le 20 janvier, un louis d'or, et dit qu'il voudrait faire mieux; malheureusement, ajoute-t-il, il a dépensé, en 1737, mille écus en présents et possède peu de disponible; en juin de la même année, il lui fait donner cinquante livres pour avoir écrit une préface pour ses œuvres et, le 7 mars 1739, il lui fait encore un don de trente livres.

Ailleurs, nous le voyons proposer une chambre, un laboratoire, la table et une pension de cent écus à un savant qui s'était ruiné en recherches 1.

Chez Voltaire tout dépend du moment : autant il est généreux à certaines heures, autant il y regarde de près — de trop près — à certaines autres.

En 1744, se présentait à son logis pour solliciter quel ques secours, un pauvre diable sans argent, presque sans habits : c'était Louis Manory, son ancien conidisciple, qui lui avait autrefois rendu un service appréciable en publiant, en 1719, une apologie de l'Œdipe.

Le poète était à la campagne. Manory lui écrivit deux lettres pressantes, car il était dans un grand besoin : « Je « donnerai, écrivait-il, toutes les sûretés que je pourrai; «“ je m'engagerai solidairement avec ma femme; je ferai « même des lettres de change, pourvu que l’on me donne « des délais suffisants. » Les sûretés ne manquaient pas, car son père, âgé de 80 ans, possédait plus de 100.000

1. Lettre à l'abbé Moussinot, 13 décembre 1737, sd. Moland, tome XXXIV, p. 355, 356.

livres. Louis Manory était intelligent et devait tôt ou tard avoir une jolie situation au barreau.

Voltaire lui fit des promesses; puis, une fois de retour, après l'avoir/plaint, il lui offrit douze livres, en accusant la dureté des temps. Mänory accepta, malgré tout, cette somme dérisoire et poussé à bout par la misère, il revint; mais on lui fit comprendre que Voltaire ne désirait plus le voir.

Raccommodé avec la fortune, il n'attendait qu'une occasion pour se venger et devait prendre la défense du violoniste de l'Opéra Travenol, dans l'affaire retentissante qui, à un Certain moment, mit ce dernier aux prises avec le poète 1. Il esi moins étonnant que Voltaire ait refusé à l'abbé Prévost le secours que celui-ci sollicitait de lui, car la somme demandée était considérable (douze cents livres) et l’abbé était un débiteur plus que douteux. Nous allons, du reste, parler encore de cette affaire.

Mais, le plus souvent, nous voyons un Voltaire dévoué à ses amis : il suffit de rappeler, sans y insister, tout ce qu'il fit pour son cher Thieriot, cui vécut pendant des années aux dépends de son illustre ami. Il ne fut pas le seul.

En novembre 1734, un de ses amis, Berger, le prie de lui faire obtenir un intérêt dans des fournitures. Voltaire fait tout son possible pour lui procurer cet avantage et lui écrit le 2 décembre 1734 : « Je ne sais point, monsieur! « partager Îles profits d’une affaire dans laquelle je ne

1. Henri Beaune. Un procès de presse au xvili® siècle. Voltaire contre Travenol, p. 34 et 35.

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« mets point de fonds; que je ne connais, et que je ne « veux connaître que pour rendre service. »

Ge n'est pas la seule preuve de son amitié que Voltaire donna à ce M. Berger. Le 7 avril 1736, il écrit à l'abbé Moussinot :

« Je vous prie, si vous avez de l'argent à moi, de donner « cent livres à M. Berger, qui vous rendra cette lettre, « et, si vous ne les avez pas, de vendre vite quelqu'un «de mes meubles pour les lui donner; dussiez-vous lui « donner cinquante livres une fois ef cinquante livres une « autre fois. Ayez la bonté de jui faire ce plaisir; je lui « ai une grande obligation de vouloir bien s'adresser à « moi.

« Le plus grand regret que j'aie dans le dérangement ou « Demoulin a mis ma fortune est d'être si peu utile à « des amis tels que M. Berger 1. »

Il faut mentionner aussi parmi les libéralités de Voltaire ses bontés envers Lekain que le poète entendit une fois dans une troupe d'amateurs. Il le convoqua chez lui, le dissuada d'entrer au théâtre et, devant la vocation irrésistible du jeune homme, il le prit en pension pour le faire jouer avec ses nièces sur le théâtre qu'il avait aménagé chez lui ?

Les pensions et la mission diplomatique de Voltaire. — Nous avons déjà dit que pendant son séjour en Angle-

1. Lettre à l’abbs Moussinot, ? avril 1736, rd. Moland, tome XXXIV, p. 68 et 69.

2, Fernand (Caussy. Lettres inédites de Voltaire à Pr Mer-

cure de France, 1909 (mars-avril). e

terre, Voltaire n'arrivait plus à se faire payer ses pensions. De retour en France il fait réclamer les arrérages de la pension qu'il recevait de la reine, car « il est juste, « écrit-il, qu'elle me fasse payer quelques années, puisque « le roi m'a Ôté mes rentes contre le droit des gens ».

Son ami Pallu, le maître des requêtes, l’un de ceux qui l'étaient allés voir et le consoler durant son séjour à la Bastille 1, lui promet de faciliter le paiement, mais il existait une difficulté, celle de faire présenter à la reine un placet et Voltaire ne savait pas à qui il fallait s’adresser, ni qui payait des pensions de ce genre. Ce fut Thieriot qui fut chargé de faire toutes les démarches auprès des amis de Voltaire, celui-ci lui remet avec confiance « des intérêts que, dit-il, j'aurais entièrement ou- « bliés sans vous » *.

Le poète savait reconnaître les peines qu’on se donne pour lui. Il mande à Thieriot le 2 mars 1729 : « Nous rom- « pons pour toujours si vous ne prenez pas cinq cents « livres de France sur l’arriéré que la reine me doit... En « outre, vous devez recevoir cent écus de Bernard, et au- « tant du libraire qui sollicitera le privilège de la vie du « roi de Suède. Il faut que cela soit ainsi, ou nous ne « sommes plus amis. » 3. Il était alors question de mettre sous presse l'Histoire de Charles XII, écrite de 1727 à 1728, mais qui ne paraîtra que deux ans après, en 1731. C'était

1. G. Desnoiresterres. La jeunesse de Voltaire, p. 403. 2. Lettre à Thieriot, avril 1729, éd. Moland, tome XXXIII, p. 193.

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