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Lettre à Thieriot, à mars 1729, éd. Moland, tome XXXIII

une rétribution généreuse, si peu de mois après que Thieriot s'était indélicatement approprié le montant des scuscriptions françaises de la grande édition de La Henriade.

Tout nous porte à croire qu'à cette époque Voltaire parvenait à se faire payer ses pensions; en 1734 il se plaint de la difficulté qu'il y a d'obtenir une pension; le 14 septmbre 1737 il envoie à Moussinot sa signature pour la pension et voici ce qu'il ajoute : « Je n'ai jamais cru “ devoir quatorze cents livres à M. du Verney. Je vous « prie de dire au commis que M. du Verney m'avansa ure « fois une année de la pension de la reine, dont il a dû se payer par ses mains, puisque j'ai laissé cotte année

à toucher. Au surplus, faités entendre, je vous prie, « qu'on me fera grand plaisir de me laisser jouir de l’ar- « gent du Trésor royal, dont j'ai un très-grand besoin et

doni je serai très obligé; ». Le 11 février 1738, Vcltairo >rie Moussinot d'écrire à M. Tanevot, premier commis 3e finances à Versailles, qu'il a vu depuis longtemps “eux ordonnances d’une pension de Voltaire et que c'était jui qui avait eu la bonté de les payer auparavant. « Au : reste, parlez, mon cher ami, en votre nom, car quand “on parle pour son ami, on demande justice, et, si je # parlais, j'aurais l'air de demander grâce ». Au mois de mars 1741 il veut se faire payer de tout, y compris l’anée 1740 1, Madame du Châtelet, qui était à Paris, retire d'office les ordonnances du trésor royal et veut toucher Yargent; on lui fait savoir que le cardinal de Fleury avait

4, Lettre à l'abbé Moussinot, 16 janvier 1741, éd. Moland, tome XXXVI, D. 7, 8.

donné l'ordre de ne pas payer à cause des vers que Voltaire avait envoyés à La Noue et dont une copie avait été montrée au cardinal 1. La marquise, sans rien dire à Voltaire, écrit au cardinal, qui lui répond (vers le 1* juin 1741) qu'on n'avait qu’à se présenter au Trésor royal pour être payé *. F.

A cette époque Voltaire souhaitait vivement être attaché à la cour. M. de Richelieu et madame de Châteuraux imaginèrent de l'envoyer secrètement chez Frédéric IT, qui avait une très grande estime et une vive sympathie pour l'auteur de La Henriade, pour sonder ses intentions envers la France et voir si la Prusse ne serait pas portée à prévenir les orages qui devaient tomber de Vienne sur elle après avoir tombé sur la France, et si Frédéric ne voudrait pas prêter cent mille homme pour mieux assurer la Silésie.

Voltaire avait demandé d'avance des faveurs en récompense des services qu'il allait rendre. On accorda au poète huit mille livres comptant, une année de sa pension, cinquante louis pour les présents 3; et, ce qui n’était pas moins essentiel, il sollicita et obtint pour son cousin Marchant de Varenne une fourniture de fourrages pour les armées en campagne, fourniture dans laquelle il était luimême largement intéressé. « Nous perdons sans doute, « écrit-il le 8 juin 1743 au comte d'Argenson, ministre de

1. Lettre au comte d'Argental, 5 juin 1741, éd. Moland, tome XXXVI, p. 67, 68.

2. Lettre à Monssinot, 9 juin 1741 ibid, XXXVI, p. 68. . 8. Fernand Caussy. La mission diplomatique de Voltaire d'après des documents inédits. La Grande Revue, 1911, tome 65.

« la guerre, considérablement à nourrir vos chevaux. « Voyez si vous voulez avoir la bonté de nous indemniser « en nous faisant vêtir vos hommes. Je vous demande en « grâce de surseoir l’adjudication jusqu’à la fin de la « semaine prochaine. Mon cousin Marchant attend deux « gros négociants qui doivent arriver incessamment et « qui nous serviront bien ».

Cinq semaines après il réitère sa requête : « Marchant « père et fils ne demandent qu'à vêtir et alimenter les « défenseurs de la France » 1.

Argenson, le ministre de la guerre, avait accordé aussi aux cousins de Voltaire, Marchant et Devin, une fourniture de deux mille habits pour les milices. Mais la manufacture de Lodève ne pouvait livrer dans le temps prescrit; ce retard indisposa le ministre, qui voulait confier l'entreprise à un M. de Vallat. Voltaire n'était plus là pour venir à la rescousse; c'est madame du Châtelet qui le remplaça et démontra au comte (lettres du 8 juin, 5, 15 juillet et 22 août) que le retard ne provenait pas des fournisseurs, mais de la manufacture, qui, disait-elle, ne pourra pas livrer plus vite à M. de Vallat?. Il va sans dire que Voltaire eut une bonne part dans ces spéculations, ce qui ne l’empêchait pas d’être associé aux frères Pâris qui avaient obtenu d’autres fournitures. Collé écrit

1. Lettre au comte d'Argenson (ministre de la guerre), 15 juillet 1743, éd. Moland, tome XXXVI, p. 224.

2, Lettre de la marquise du Châtelet au Comte d’Argenson, 28 août 1743. Lettres de la marquise du Châtelet, édition Asse,

Paris, 1878, p. 415, 416.

dans son journal 1 : « Feu M. d’Argenson, ministre de la « guerre, donnait un intérêt à Voltaire dans toutes les « affaires et entreprises qui se faisaient dans son dépar- « tement. Ce dernier fait m'a été prouvé par M. Davoust, « mon ami, qui a été l’associé de cet homme célèbre, et « dans la viande et dans l'artillerie; ajoutez à tout cela « que M. de Voltaire a connu mieux qu'un banquier la « place, et que personne n'y a fait des opérations et des « spéculations plus utiles. »

Ces fournitures devaient donner des bénéfices considérables. Dans l'état des pensions, rentes et revenus de Voltaire pour l’année 1749, Marchant figure encore : mille livres pour un deuxième contrat et pour deux mille quatre cents livres de rente viagère. En 1774, nous trouvons cet aveu de Voltaire : « … Marvhant, le fermier général, « mon parent, qui me doit toute sa fortuhe... » 2.

Voltaire, avant de se rendre en Prusse, alla faire un séjour à La Haye. Quinze jours après son arrivée dans cette ville, il pouvait envoyer au marquis d’Argenson, minisire de la guerre, « un mémoire secret et détaïllé « de l'extraordinaire des guerres de cette armée et du « contingent de chaque province 3 » et lui faire savoir

1. Charles Collé. Journal historique, ou Mémoires critiques et littéraires sur les ouvrages dramatiques et sur les événements les plus mémorables depuis 1748 jusqu'en 1751 (1772 dans le tome III) inclusivement. Paris, 1805 à 1807, tome III, p. 487, décembre 1770.

8. Lettre à M. d'Ailly, 23 décembre 1774, 6d. Moland, tome IL, p. 176. Marchant payait à Voltaire une rente viagère de 8.000 livres pour les fournitures que celui-ci lui avait procuré.

3. Lettre à M. Amelot, ministre des affaires étrangères, 2 juillet 1743, éd. Moland, tome LII, p. 556-558.

que le roi de Prusse avait fait à Amsterdam un emprunt secret de quatre cent mille florins à 3 1/2 p. 100.

Ces renseignements provenaient de son ami le comte de Podewils, ministre de Prusse en Hollande, qui était l'amant de la femme d'un des principaux membres de l'Etat, laquelle dérobait tous les soirs à son mari, les copies des décisions de Leurs Hautes Puissances pour les remettre à son amant.

Voltaire réclamait en récompense de ce service la fourniture des Invalides pour Marchant père et la croix de Saint-Louis pour Marchant cadet 1.

Nous avons déjà dit que le cardinal de Fleury réduisit en 1786 les rentes et les pensions de Voltaire; celui-ci voulut obtenir de Frédéric Il une lettre pour pouvoir la montrer au roi et obtenir la restitution d'une partie de son bien, que « le bon cardinal » lui avait ôté; « je vien- « drai, ajoutait-il, ici dépenser ce bien que je vous de- « vrai?; », 11 semble que malgré cette déclaration peu diplomatique, il n'obtint pas la lettre en question.

Si l’on n'avait pas eu beaucoup à se louer des Services diplomatiques de Voltaire, on n'avait pas eu non plus à s'en plaindre. A défaut d'une récompense effective, l'occasion de nouveaux services fut donnée au poète par le mariage du dauphin avec l’infante d'Espagnè : « On « voulut des ballets avec de la musique chantante, et une

AVE: Caussy. La mission diplomatique de Voltaire. La Grande Revue, 1911. |

2. Lettre à Frédéric Il, roi de Prusse, 1743 éd. Moland, tome XXXVI, Pp. 256.

« espèce de comédie qui servit de liaison aux airs. M. de « Voltaire en fut chargé, quoique un tel spectacle ne fût. « point de son goût. Il prit pour sujet une princesse de « Navarre. »3. Cette comédie-ballet intitulée la Princesse de Navarre, fut représentée à Versailles le 23 février 1745 et eut un grand succès. Ce ballet fut le prétexte qu'on choisit pour récompenser le poète, tout autant que le négociateur. Ses amis, Richelieu et M"° d’Etioles, la. future marquise de Pompadour, obtinrent pour Voltaire ce que Boileau ni Racine n'avaient obtenu, le brevet d’historiographe avec 2.000 livres d’appointemenis.

Voici des passages de ce brevet : « Aujourd’hui, 1% avril « 1745. Le roy étant à Versailles, mettant en considéra- « tion que les récompenses que Sa Majesté accorde à ceux « qui se dévouent à l'étude des lettres contribuent à leur « progrès par l’'émulation qu’elles excitent, personne n’a « paru à Sa Majesté plus digne de recevoir des marques « de bienveillance et d'être distingué par un titre hono- « rable que le sieur Arouet de Voltaire.

« À cet effet, Sa Majesté a retenu et retient le d. s. de « Voltaire en qualité d'historiographe de France, lui per- « met d'en prendre les titres et qualité en tous actes tant « en jugement que dehors. »; il jouira aussi de 2.000 livres d'appointements dont il sera payé à partir du premier janvier dernier ?.

Le 13 mai 1745, au soir, parvenait à Paris la nouvelle de la victoire de Fontenoy. Voltaire composait en trois.

1. Commentare historiique, éd. Moland, tome I, p. 88. 2. G. Desnoiresterres. Voltaire au château de Cirey, p. 445, 446.

jours un poème qu'il soumettait au censeur le 17, imprimait et distribuait le 20 mai, c'est-à-dire neuf jours après la victoire. Dans ce poème, Voltaire se montrait poète de cour élégant et adroit et adressait à la jeune favorite, Mr° d’Etioles, un hommage qui fut apprécié 1. Ce poème, qui flattait l'amour-propre national en même temps que l'amour-propre royal, eut un retentissement prodigieux.

C'est probablement pour le récompenser de ce poème et grâce à la protection de la favorite, que le roi lui accorda, dès lors, la première charge vacante de gentilhomme ordinaire de sa chambre avec l’appointement ordinaire de 1.600 livres par an. Nous ne connaissons pas la date de cette faveur ni le moment où la place devint vacante; le: brevet qui confère officiellement à Voltaire cette nouvelle dignité, porte la date du 22 décembre 17462.

La faveur de la cour valut encore à Voltaire, un fauteuil à l'Académie Française, où il fut reçu le 8 mai 17463, après plus de dix ans de démarches infructueuses.

Par malheur, cette faveur de la cour pour le poète ne dura pas longtemps; Voltaire s’apercevait de plus en plus qu’il était trop indépendant et trop personnel pour: vivre dans ce milieu, et ne songea bientôt qu'à se retirer.

Le 27 maï 1749 4, il obtint, grâce à la protection de Mme d'Etiole et du comte d’Argental, la permission de vendre

1. G. Ascoli. Voltaire. Revue des Cours et des conférences, dw 15 janvier 1925.

2. F. Caussy. Lettres de Voltaire à la cour de France. La Revue,

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