Lettre à l'abbé Moussinot ?9 avril 1738, éd. Moland, tome
mars 1739, nous voyons de nouveau notre auteur en quête d’un emploi pour ses fonds.
Au mois de novembre 1736 il consent à prêter trois cents livres à un homme de lettres nommé le chevalier de Mouhy 1, mais exige que le remboursement soit garanti par des billets de Dupuis*et engage le chevalier à lui envoyer à Cirey des nouvelles de Paris deux fois par semaine. Pour ce service il lui promet une rémunération. Le 20 avril 1739, il se charge de payer cent livres de rente à une personne qui veut prêter deux mille livres au chevalier de Mouhy, mais exige que cet emprunt soit ratifié par la mère ou par une tante du chevalier, ou qu'une autre personne qui à un bien libre se charge de payer cette dette.
L'abbé Prévost s'adresse à Voltaire en juin 1740 en lui demandant“ de lui prêter douze cents livres, mais l’auteur de Manon Lescaut n'avait pas de garanties à offrir et Voltaire refusa, s’efforçant de dorer la pilule le plus possible au solliciteur éconduit. « ...M. le prince de Conti est « à plaindre de ce que ses dépenses le mettent hors d'état « de donner à un homme de votre mérite autre chose « qu'un logement. Je voudrais être prince, ou fermier gé- « néral, pour avoir la satisfaction de vous marquer une « estime solide. Mes affaires sont actuellement fort loin « de ressembler à celles d’un fermier général, et sont « presque aussi dérangées que celles d’un prince. J'ai mê- « me été obligé d'emprunter deux mille écus à M. Bro-
1. Il est connu, car c'était lui qui était le chef ordinaire de la claque aux représentations des pièces de Voltaire.
« nod, notaire... ». Ce qui ne l'empêche pas de vouloir placer peu de mois après neuf mille livres « selon les usa- « ges et coutumes » 1.
Les pertes de fonds. — Malgré toutes les précautions que prenait Voltaire, et dont nous venons de parler, il subit à cette époque plusieurs pertes considérables.
À la faveur du nom sonore de Mac-Carthy, d’origine irlandaise, le fils d’un chirurgien de Nantes se disait irlandais et homme de lettres. En 1730 il avait emprunté à Voltaire 500 livres en garantissant cet emprunt par une délégation sur sa terre située en France; l'acte fut passé chez le notaire Perret le 1* juillet 1730. Il dut emprunter encore, selon Duvernet en 1732, car il emporta à Voltaire quatorze cents livres.
Cé'tait sur la recommandation d'un certain monsieur de la Préverie, que Voltaire lui avait prêté cet argent. Mac-Carthy devait payer en février 1732; mais avant cette dâte il vend sa terre, touche tout l’argent de la vente et part pour Constantinople avec deux jeunes gens aussi endettés que lui.
Le 24 mars Voltaire apprend la chose et écrit à de la Préverie : « Je vous prie instamment, monsieur, de vou- « loir bien tenir la parole que vous m'avez donnée, et « sans laquelle je n'aurais pas pu prêter cette somme. « Ayez la bonté, monsieur, de me renvoyer la grosse du « contrat accepté par le fermier, et de me faire savoir à « quoi je dois m'en tenir pour mon payement ». Il lui pro-
1. Lettre à l'abbé Moussinot, ? mai 1741, éd. Moland, tome XXXVI, p. 49.
pose encore de céder ses droits pour un peu d'argent comptant, car dit-il, « j'aime mieux perdre une partie de « mon argent que de courir après le tout ».
Le 16 novembre 1733, Voltaire écrit au même : « Vous « m'auriez sauvé, monsieur, mes quatorze cents livres, si « vous aviez bien voulu, à tout événement, faire signifier « la délégation au fermier. Peut-être en serait-il temps en- « core. C’est une obligation passée au Châtelet de Paris, «et qui a son effet dans tout le royaume. Peut-être cette « dette sera-t-elle regardée comme dette de prieuré, et l'ac- « quéreur en serait tenu; peut-être cet acquéreur doit-il de « l'argent à l'abbé Mac-Carthy, c'est ce que vous pourriez « savoir, et en ce cas, vous lui signifieriez la délégation. « Quand je ne tirerais que la moitié de la somme, je me « croirais bien payé. Il ya encore une autre ressource : « Mac-Carthy a un père qui a du bien, et qui demeure à « Nantes. Il est, je crois, médecin ou chirurgien dans cette « ville. Pourriez-vous avoir la bonté de vous en informer ? « Je sais que ce père est très vieux. On pourrait, à sa « mort, faire une saisie ». |
Il perdit probablement aussi les cinquante écus qu'il avait prêtés à un certain La Clède, sous billet. Le débiteur mort, ses successeurs refusèrent de payer 1.
Le 27 mars 1738, Voltaire mandait à Moussinot « Quand on viendra, mon cher ami, de la part d'un M. « Médine, demander trois cents florins, dites : J'ai reçu « commission de les prêter, hoc verum, mais non de les
1. Lettre à Berger, février 1796, éd. Moland, tome XXXIV, p. 21 et 31.
« prêter en l'air, hoc absurdum. Qu'un bon banquier fasse « son billet payable dans un an, et je les prête... Il faut « prêter et non perdre; être bon et non dupe ». Médine ofirit la garantie de Darius, qui endossa son billet, et sur l'avis de Paquier que Darius « était bon pour cette som- « me », Moussinot lui donna l'argent 1.
L’exactitude de Médine le jour des échéances inspira confiance à Voltaire. Bientôt l’auteur de La Henriade prêta . à Médine vingt mille francs, suivant Duvernet, et quarante mille, selon Chaudon. Peu de temps après, Médine fut déclaré en faillite et Voltaire perdit ses fonds.
Comme nous avons eu déjà l’occasion de le dire, Voltaire plaçait des sommes considérables chez des financiers sûrs pour pouvoir en disposer facilement.
Ainsi le 10 janvier 1738 il avait un dépôt considérable chez Michel, car il recommandait à Moussinot d’en retirer vingt-cinq mille livres, si on pouvait les placer en viager « sur un homme solide ». Le 3 avril 1738, Voltaire écrivait à Moussinot : « Je vous renvoie, mon cher abbé, la reconnaissance de M. Michel et je persiste à lui donner « vingt mille livres en rentes viagères, et à lui laisser vingt mille livres au dernier cinq par des billets renouvelables de trois en trois mois ».
Le 4 août 1738, il écrivait au même : « Il ne faudra pas renouveler le marché de vingt mille livres avec Michel, car il faut avoir de l’argent prêt », et le 3 avril 1739, Voltaire écrit à Moussinot : « … au lieu de recevoir deux