‹ Voltaire FinancierChapitre 4 sur 108 · G. Lanson : Voliaire, p · texte numérisé non relu

G. Lanson : Voliaire, p

3. Condorcet : Vie de Voltaire, 1789. Voltaire, œuvres éd. L. Moland, tome I, p. 210.

comme une condition du bien-être, il y chercha surtout une garantie d'indépendance 1.

Dans ses Mémoires, Voltaire écrivit en 1759 : « On me « demande par quel art je suis parvenu à vivre comme « un fermier général ; il est bon de le dire, afin que mon « exemple serve. J'ai vu tant de gens de lettres pauvres « et méprisés, que j'ai conclu dès longtemps que je ne « devais pas en augmenter le nombre. Il faut être en « France, enclume ou marteau, j'étais né enclume ?. »

Il faut ajouter que l’époque a exercé une grande influence sur ce jeune homme à.

La Régence, cette révolte contre la triste bigoterie et le lourd despotisme du dernier règne ; étalage débraillé de cynisme, de scepticisme et de débauche; fureur de jeu, l'amour de luxe; bouillonnement hardi d'esprit, de rire et de satire ; mais aussi avidité d'argent et fièvre de

1. Nous ne sommes pas de l’avis de M. Henri Beaune qui écrit : « il amait des distinctions ce qu'elles ont d’utile ; c'était « autant de lettres de franchise et de sauf-conduits qui assu- « raient la paix à son existence et l'impunité à ses écrits. Dans « une société fondée sur le privilège, il cherchait le privilège, « moins par vanité que par intérêt. » Henri Beaune : Un procès de Presse au XVIIIe siècle. Voltaire contre Travenol. Paris 1869.

2. Mémoires pour Servir à la vie de M. de Voltaire, écrits par lui-même, 1759. Voltaire œuvres, éd. Moland, tome I, p. 44, 45.

3. On a souvent accusé Voltaire d’avoir acquis son immense fortune par des procédés malhonnêtes, il serait donc intéressant de citer le passage d’une de ses lettres : « l'intérêt ne « doit jamais, écrit-il à mademoiselle Dunoyer, je l’avoue, être « assez fort pour faire commettre une mauvaise action; mais « aussi le désintéressement ne doit pas empêcher d’en faire « une bonne, lorsqu'on y trouve son compte. » Lettre à Mie Dunoyer, 20 janvier 1714, éd. Moland, tome XXXIII, p. 27.

spéculation, il faut de l'argent pour le plaisir, pas de grand nom qui ne trafique et n’agiote 1.

On peut se demander comment le jeune Arouet qui convoitait tant toutes les distinctions et était si universellement doué, se laissa entraîner par sa vocation, malgré toutes ses difficultés, et devint homme de lettres.

Après avoir fini le collège en 17102, celui qui devait devenir un jour Voltaire fréquenta l'Ecole de droit, mais ces études le rebutèrent vite, surtout après un séjour expiatoire à l'étude de M° Alain. Il en tira néanmoins cette connaissance du droit qui lui fut tant de fois si utile au cours de sa longue carrière.

Sa famille voulait lui acheter une charge d'avocat du roi à Paris 3; la cause qui lui fit refuser cette charge est exposée dans sa lettre au marquis d'Argenson du 22 juin 1739, dans laquelle il écrit : « Comme j'avais peu de biens, « quand j'entrai dans le monde, j’eus l’insolence de pen- « ser que j'aurais eu une charge comme un autre, sil « avait fallu l’acquérir par le travail et la bonne volonté. « Je me jetai du côté des beaux-arts, qui portent toujours « avec eux un Certain air d’avilissement, attendu qu'ils « ne font point un homme conseiller du roi en ses con- « seils. On est maître des requêtes avec de l'argent, mais « avec de l'argent on ne fait point un poème, et j'en fis « un. »

Rien d'étonnant à ce que son infériorité par rapport à

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