‹ Voltaire FinancierChapitre 5 sur 108 · G. Lanson : Voltaire, p · texte numérisé non relu

G. Lanson : Voltaire, p

2. André Bellessort : Essai sur Voltaire, Paris 1925, p. 12. 8. Mémoire sur la satire, 1739. éd. Moland, tome XXIII, p. 61

des gens privilégiés et riches lui ait fait admirer Amsterdam, d’où il écrit à madame la présidente de Bernières : « J'ai vu avec respect cette ville, qui est le magasin de « l'univers. Il y avait plus de mille vaisseaux dans le « port. De cinq cent mille hommes qui habitent Amster- « dam, il n’y en a pas un d'oisif, pas un pauvre, pas un « petit-maître, pas un insolent. Nous rencontrâämes le « Pensionnaire à pied, sans laquais, au milieu de la po- « pulace. On ne voit là personne qui ait de cour à faire. « On ne se met point en haie pour voir passer un prince. « On ne connait que le travail et la modestie. Il y a à la « Haye plus de magnificence et plus de société par le « concours des ambassadeurs. J'y passe ma vie entre le « travail et le plaisir, et je vis ainsi à la hollandaise et à « la française 1. » Quelques jours plus tard il écrit à Thiériot : « Je commence à détester nos protecteurs, autant « que je les aimais, par l'espérance où j'étais qu'ils nous « feraient du bien »2,

Mais son génie seul ne lui suffisait pas pour être riche et indépendant; ses écrits ne lui eussent jamais, sans l'appui de puissants protecteurs, donné cette vie facile, qu'il désirait tellement.

Nous savons qu'en 17053, Ninon de Lenclos lui légua deux mille francs pour acheter des livres. Probablement

1. Lettre à la Présidente de Bernières, ? octobre 1722, éd. Moland, tome XXXIII, p. 74.

2. Lettre à Thieriot, 8 octobre 172%, éd. Moland, tome XXXITI, D: 00:

3, Voltaire œuvres, éd. Moland, tome XXXVIIT, note 4 de la

p. 188 et 189.

c'est au père Arouet, qui était son notaire, que Ninon a laissé cette somme pour ce collégien qui semblait déjà tant promettre. Il semble que c’est seulement bien plus tard que le père permit à son fils cadet de disposer de cet argent. Voici ce que nous en dit Voltaire dans une notice sur Ninon de Lenclos : « L'abbé de Châteauneuf « me mena chez elle dans ma plus tendre jeunesse. « J'étais âgé d'environ treize ans 1. J'avais fait quelques « vers qui ne valaient rien, mais qui paraissaient fort « bons pour mon âge. M'° de Lenclos avait autrefois « connu ma mère, qui était fort amie de l'abbé de Chà- « teauneuf. Enfin on trouva plaisant de me mener chez « elle... Pour moi, je lui fus présenté un peu plus tard; « elle avait quatre-vingt-cinq ans. Il lui plut de me met- « tre sur son testament; elle me légua deux mille francs « pour acheter des livres. Sa mort suivit de près ma vi- « site et son testament? ». Dans une lettre du 15 avril 1752 à un membre de l’Académie de Berlin, Voltaire nous assure que le fait est vrai : « L'article de son testament « dont vous me parlez n’est point un roman; elle me lais- «sa deux mille francs 3 ». D'autre part, dans son commentaire historique, il nous apprend que cette somme de deux mille francs lui fut exactement payée.

Pendant ses études de droit, le jeune Arouet habitait

1. Onze ans au plus. Voltaire était né le 21 novemgre 1694, et Ninon mourut le 17 octobre 1705 (Note de L. Moland).

. Notice Sur Mie de Lenclos à M'‘*, éd. Moland, tome XXII, p. 518.

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