Lettre à l'abbé Moussinot, 5 juin 1737, éd, Moland, tome
Enfin, le 11 juillet 1760, Voltaire nous dit que le président d'Auneuil lui doit deux années. Dans l'état de rentes de juillet 1775 il ne figure que pour 2.000 livres.
Voltaire avait aussi une rente viagère sur M. d'Estaing, et dans une lettre du 14 avril 1737 il nous dit que le fermier de la Belle-Poule qui payait cette rente a payé l’année 1736. Les affaires de M. d'Estaing se gâtent, et le 6 mars 1738 Voltaire écrit à Moussinot : « Je vous prie de « constituer vite procureur et de plaider; les frais ne peu- « vent tomber que sur M. d'Estaing et je suis assez au « fait de son bien pour avoir mes recours certains ».
Le 8 janvier 1741, il écrit au même : « Comment faire « avec M. d'Estaing ? Je vous reprie encore de voir Ca- « muzat, de vous informer des terres de ce seigneur non « payant... » Longchamp, dans ses mémoires 1, nous raconte que Voltaire avait des fonds considérables placés. chez le comte d'Estaing, dont les affaires étaient fort dérangées. Les créanciers du come, alarmés par sa situation, vinrent tous exiger le remboursement de leurs créances. Le comte fut dans l'impossibilité de les satisfaire. Ils. firent alors saisir ses terres et en sollicitèrent la vente juridique. Voltaire se rendit compte qu'à part un certain M. Le Roi, tous les autres créanciers l’étaient pour des. sommes peu importantes. 11 vit qu'on faisait des frais si considérables que tous les créanciers risquaient de ne recevoir qu'une petite partie de leurs capitaux. Ne pouvant pas les persuader, il les invita l’un après l’autre à
1. Longchamp et Wagnière. Mémoires sur Voltaire, tome II, p. 159 à 163. Mémoires de S. G. Longchamp.
venir lui parler et leur proposa de se charger de leurs créances et de prendre sur lui tout le risque et de rembourser de suite une partie de leurs créances. Il leur fit sentir qu’ils s’exposaient à tout perdre en laissant prolonger la procédure.
La plupart y consentirent et Voltaire, devenu par ce moyen possesseur d'environ les deux tiers de la créance, demanda au tribunal d’être nommé administrateur, ce qui lui fut accordé. Il réunit alors ceux des créanciers qui ne lui avaient pas cédé leurs créances et leur proposa sa garantie personnelle. Ils acceptèrent sans hésiter, et Voltaire, par ce moyen, rendit les terres à monsieur d'Estaing et lui proposa de rembourser les créances au taux d'achat en plusieurs contrats garantis par ses terres. Sur l'état des rentes, pensions et revenus pour l'année 1749, le comte d'Estaing figure pour un deuxième contrat de deux mille livres.
Le duc de Villars payait aussi une rente à Voltaire. Le 18 mars 1737 il lui doit une année; le 20 juin 1741 une année et demie, et Moussinot est prié de le lui rappeler en son propre et privé nom 1. Nous ne savons ni depuis quand cette rente fut payée, ni de combien elle était. Sur l'état de rentes de 1749, le duc de Villars figure comme devant deux mille cent livres; la même somme figure dans l'état de rentes de juillet 1775.
Aux termes d’un autre contrat qui figure sur l’état que
1. Lettre à l'abbé Moussinot, 9 juin 1741, éd, Moland, tome XXXVI, p. 68.
Voltaire a laissé à Longchamp en partant en Prusse 1, M. le duc de Bouillon lui devait une année de rente de 3.250 livres. Une lettre à M. d’Aïlly, du 23 décembre 1774, nous apprend aussi que Voltaire avait une rente d'environ 4.000 livres sur la succession du feu duc de Bouillon, en vertu d'un ancien contrat homologué à la Chambre des Comptes. Le 14 janvier 1771, le duc devait à Voltaire cinq années de cette rente. « M. le duc de Bouillon, altesse « sérénissime, a daigné m'écrire des lettres pleines de « bienveillance, écrit Voltaire à Dutertre le 16 juillet 1777, « mais il m'a déclaré que ce n'était point à lui à me payer « les vingt-deux ou vingt-trois mille francs qui me sont « dus par son ÂAltesse sérénissime, monseigneur son « père... Mes maçons, mes charpentiers et mon boucher, « qui ne sont pas si polis, me feraient mettre en prison « pour être payés, si Dieu ne m'avait pas accordé le béné- « fice d'âge de quatre-vingt-trois ans ». L'état de juillet 1775 mentionne 3.250 livres de dû.
Dans l’état de rentes, pensions et revenus de Voltaire en 1749, figure un contrat de mille livres sur M. de Bourdeille et de deux mille six cents sur M. de Fontaine. Il est peu probable que ce fussent des rentes viagères, car nous en avons pas trouvé de trace dans la correspondance.
L'état de rentes de Voltaire en juillet 1775, publié par Nicolardot?, mentionne encore 1.200 livres sur le duc d'Orléans; 3.000 sur M. du Tartre; 6.500 sur Marchant,
1. Longchamp et Wagnière. Mémoires sur Voltaire. Mémoires de $S. G. Longchamp, tome II, mp. 334 et 335.
8. L. Nicolardot. Ménage et finances de Voltaire, p. 58 à 62.
fermier général, 2.000 sur Destain-Maulevrier, et une rente de 1.000 sur M. de Neuilly, à Dijon, contractée vers 1775.
Nous avons, comme nous venons de le voir, relativement très peu de renseignements sur les rentes viagères de Voltaire, et en général sur ses finances à cette époque; car Voltaire recommandait à ses hommes d'aflaires et à ses notaires et obtenait d'eux à tout prix « un secret invio- « lable... sur ses petites affaires » 1, et grâce à tous ces hommes discrets qui depuis 1730 jusqu’en 1778, gardèrent
un secret profond sur l’état de sa fortune, il est parvenu à cacher à tous ses contemporains l'état exact de ses revenus.
Presque toutes celles de ses rentes viagères que nous connaissons étaient à dix pour cent et il paraît que c'était son taux habituel ?, qui pour l’époque n'était nullement usuraire.
Les ennemis de Voltaire l'ont souvent accusé d’avoir exploité son air maladif pour placer son argent en rentes viagères et non en prêts à intérêt, mais ils ont oublié qu’encore au xvu° siècle le prêt à intérêt, sauf dans le commerce, était considéré comme immoral par l'Eglise catholique, et c'était la cause pour laquelle on recourait d'ordinaire au contrat de rente, c’est-à-dire à l'abandon total du capital moyennant une rente viagère. Voltaire n'a donc fait que se conformer aux idées de son époque.
1. Lettre à l'abbé Moussinot, 8 janvier 1741, éd. Moland, tome XXXVI, p. 4.
2. Lettre à l'abbé Moussinot, 7 décembre 1737, éd. Moland, tome
XXXIV, p. 354. a
Collé nous dit dans son journal 1 que Voltaire avait à son départ pour la Prusse, quatre-vingt mille livres de rente. Nous pouvons admettre ce calcul, puisqu'il concorde à peu près avec celui de Longchamp.
On peut se demander si c'était avec préméditation que le poète évitait à cette époque tout achat de propriété immobilière. Nous ne le pensons pas, car le 29 décembre 1737 il écrivait à l'abbé Moussinot : « Je viens, mon cher abbé, de me faire informer de cette terre de Spoix (voisine de « Bar-sur-Aube) : elle est en décret. Je sais assez ce qu'elle « vaut; si on pouvait l'avoir pour moins de cinquante « mille livres, on ne risquerait rien, au contraire. Il est « vrai qu'il faudrait payer pour treize mille livres de « droits; mais avec cela ce serait bien placer son argent; « elle sera adjugée aux requêtes du Palais au 1* mars : « la quarantaine est ouverte. Parlez de cette terre à M. « Camuzat, et dites-moi ce qu'il en pense, et si M. d’Es- « taing y songe pour lui. En cas que M. d'Estaing y « songe, je lui propose de s’en accommoder avec moi à « vie ». Le 10 janvier 1738, dans une lettre au même, il s'exprime ainsi : « Il y a des vignes assez bien tenues; « mais onze cents arpents de bois sont entièrement dévas- « tés, et tous les gros chênes ont été vendus. J'entrevois « que si la terre est vendue soixante mille francs, il y « faudra faire pour huit mille francs de réparations. Joi- « gnez-y le quint et le requint qu'il faut payer en entier, « cela reviendra à plus de quatre-vingt mille francs, et je
1. Charles Collé. Journal historique ou Mémoires critiques, tome I, p. 357.
« no crois pas que la terre puisse jamais rapporter, « toutel charge faite, plus de trois mille cinq cents livres « de rente... je ne compte point habiter sitôt à Spoix, « et je me flatte seulement qu'étant à portée de très-bien « régir cette terre, je la ferais valoir beaucoup plus qu’elle « n’est affermée depuis cent ans... ».
Ce n'est pas la seule fois que Voltaire voulut acheter une terra. Dans une lettre au comte d'Argental du 1° septembre 1749, il mande : « Votre maudite grand'chambre « vient de me faire perdre un procès de trente mille li- « vres, malgré la loi précise; et cela parce que le rappor- « teur (je ne sais quel est ce bonhomme ?) s’est imaginé « que mon acquisition n'était pas sérieuse, et que je « n'étais pas assez riche pour avoir fait un marché de « trente mille livres ». Une lettre au maréchal duc de. Ri- Chelieu du 13 novembre 1751, nous indique qu'il s'agissait d’une certaine terre d'Assai.
Les œuvres. — Nous ne pouvons pas négliger dans cetts étude les droits d'auteur que recevait Voltaire pour l’impression et les représentations de ses œuvres, malgré le peu de renseignements que nous avons, et que tout nous porte à croire qu'à cette époque Voltaire ne tirait qu'un profit insignifiant de ses œuvres.
I] a été lui-même l'éditeur de ses ouvrages en 1731. Voltaire avait acheté le papier chez Jacques Chauchat, marchand papetier à Paris, demeurant rue Saint-Martin, paroisse Saint-Merry et avait disparu momentanément de Paris pour faire imprimer à Rouen son Charles XII.
Le 4 avril 1731, le marchand, inqu'et à cause de cette
disparition, fait assigner Voltaire à son dernier domicile connu pour se faire payer « la somme de six cent soixante « quartorze livres quatorze sols restant à payer de celle « de treize cent trente six livres dix sols pour marchan- « dise de papier que le demandeur luÿ a vendu, suivant « son livre-journal,, pour l'impression de ses livres inti- « tulez, L'Anriade et Bruttus, qu'il à composez et qu'il & « fait imprimer par luy-même ».
Voltaire ne se montra pas et fut condamné à payer cetie somme de six cent soixante quatorze livres quatorze sols. A son retour, il s'acquitte de suite de cette dette 1.
Grâce à la protection d'un M. Desforges, Voltaire imprime son Charles XII à Rouen et veut le faire transporter par terre à Versailles à l’adresse du duc de Richelieu dont un des hommes était chargé de conduire le tout en sûreté; mais si ce moyen de transport coûte plus de soixante livres de plus que le transport jar eau, Formont est chargé de faire partir tout par eau pour Saint-Cloud où un fourgon attendra ?.
Dans sa lettre à Cideville du 2? novembre 1731, il le prie de demander à M. Desforges d'interdire l'entrée de l'édition de ses œuvres faite à Amsterdam chez Ledet et Desbcrdes, laquelle couperaiït la gorge à sa petite édition de Rouen et il prie de faire empêcher que Machnel ne réussisse dans son dessein de contrefaire L'Histoire de Charles XII. Nous ne savons pas combien cette édition a
rapporté à l’auteur.