‹ Voltaire FinancierChapitre 47 sur 108 · Commentaire historique. éd. Moland, tome I, p · texte numérisé non relu

Commentaire historique. éd. Moland, tome I, p

argent, au delà du produit des quinze représentations qu'elle obtint 1.

Les éditeurs de Voltaire ne pouvaient et ne devaient pas tirer, à cette époque, de bénéfices considérables des ouvrages de Voltaire, car le plus souvent ils les publiaient à leurs risques et périls. Ils ne pouvaient pas les imprimer à un grand nombre d'exemplaires, car Voltaire, suivant son principe qu'un homme qui a eu la faiblesse d'être auteur doit réparer cette faiblesse en réformant ses ouvrages jusqu'au dernier jour de sa vie ?, corrigeait toujours ses ouvrages et désavouait les éditions qui n'avaient pas reçu ses dernières corrections. Outre cela, il corrigeait encore pendant l'impression, ce qui causait des pertes aux libraires. Voici ce qu'il écrit à son éditeur Walther, le 5 novembre 1755 : « Je l’ai (il s’agit de la tragédie de l'Orphe- « lin de la Chine) encore beaucoup changée depuis qu’elle « est imprimée; c'est ainsi que j'en use avec tous mes ou- « vrages, parce que je ne suis content d'aucun. Cela « déroute un peu les libraires, et j'en suis très-fâché; mais « je ne puis m'empêcher de corriger mes ouvrages qui me « paraissent défectueux. C’est un malheur pour moi de « connaître trop mes défauts, et il n’y aura jamais de « moi d'édition bien arrêtée qu'après ma mort ». Voltaire était un mauvais correcteur. Dès qu'il avait devant lui une épreuve ou un exemplaire de son livre, sa pensée ne pouvait s'appliquer longtemps à le corriger, car le « fond

1. Charles Collé. Journal historique, tome 1, p. 98, juin 1749. 2. Lettre au rédacteur de la Bibliothèque Française, 30 août, 1738, éd. Moiand, tome XXXIV, p. 564.

des choses » le saisissait, l'agitait 1. Malgré cela il ne se décida jamais à s'offrir un secrétaire vraiment capable de bien faire cette besogne.

Les défauts qu’il trouvait ensuite dans ses ouvrages lui faisaient désavouer l'édition ? et en faire faire une nouvelle corrigée.

Ce procédé lui servait aussi à augmenter le nombre des exemplaires de ses ouvrages et à atteindre par ce moyen le plus grand nombre de lecteurs possible.

On en a un exemple avec le Siècle de Louis XIV, qu'il fait imprimer à Berlin, puis réimprimer à Paris, en demandant au ministère de proscrire l’édition prussienne.

Les ouvrages de Voltaire étaient-ils imprimés à l’étranger, ils couraient le danger d’être saisis à la douane.

Imprimés en France, ils pouvaient faire tomber les éditeurs sous la rigueur des lois dont nous venons de parler à propos de l'affaire Jore, et ce danger était grand, car chaque exemplaire mis en circulation pouvait les dénoncer.

C'est ainsi qu'un arrêt de la Chambre de vocations du 24 septembre 1768 condamnait Jean-Baptiste Josserand, garçon épicier, et Jean Lécuyer, brocanteur, au carcan

1. Gustave Lanson. Vallaire et les Lettres Philosophiques. Come ment Voltaire faisait un livre. Revue de Paris, 1908, tome IV.

8. Dans une lettre à Thieriot 1738, éd. Moland, tome L, p. 403. Voltaire écrit : « je serais honteux à l'excès toutes les fois » qu’il faudrait nier un ouvrage dont je serais l’auteur; j'aime- » rais mille fois mieux l'avouer, tout méchant qu'il est, que » d'être exposé à mentir trente fois par jour; » Il ne semble pas qu'il aie appliqué ce principe.

pendant cinq jours consécutifs; à la marque et aux galères le premier pour neuf ans et le second pour cinq ans, et Marie Lécuyer à la réclusion, dans la maison de force de l'Hôpital Général, pendant cinq ans, pour avoir vendu l'Homme aux quarante écus et d'autres livres « contraires « aux bonnes mœurs et à la religion » 1. Il est compréhensible que dans de telles conditions Voltaire ne pouvait recevoir des droits d'auteur considérables pour ses œuvres.

Nous avons vu Voltaire préoccupé d'amasser une fortune considérable et de se préparer par ce moyen une: arrière-saison indépendante; nous allons le voir maintenant préoccupé de placer ses fonds d’une manière avantageuse et sûre.

1. Bengesco. Voltaire, Bibliographie de ses œuvres, tome I, p. 460,

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