‹ Voltaire FinancierChapitre 51 sur 108 · Alexandre Collini. Mon séjour auprès de Voltaire, p · texte numérisé non relu

Alexandre Collini. Mon séjour auprès de Voltaire, p

è. Lettre à Paris-Duverney, 15 octobre 1750, éd. Moland, tome XXXVII, p. 185.

3. Lettre à Saint-Florentin, 15 octobre 1750, F. Caussy. Lettres de Voltaire à la cour de France. La Revue, 1910. ;

lions suivant Longchamp 1, et seulement un million suivant Duvernet.

Cette compagnie fut vite dissoute, faute de succès, et Voltaire retira ses fonds et chercha à leæplacer ailleurs.

L'affaire Hirschell. — C'est alors qu'il voulut placer une partie de ses capitaux dans une spéculation sur les effets de la banque de Saxe.

Pour payer les contributions imposées à la Saxe pendant la guerre de Sept Ans, l'électeur avait fondé une banque, connue sous le nom de Stener. Cette banque émit une quantité de billets, dont les porteurs devaient toucher le capital et les intérêts dans un temps déterminé. Mais le cours de ces effets tomba à moins de la moitié de leur valeur nominale.

Le roi de Prusse victorieux, stipula dans l’article X du traité de Dresde, qui en 1745 mettait fin à la guerre de Silésie, que tous les billets qui se trouvaient chez les sujets prussiens leurs seraient remboursés au pair, par le trésor de Saxe, dans les délais marqués sur les bons.

On oublia seulement de spécifier à quelles conditions ce privilège pourrait être exercé. De là un agiotage effréné. Les Prussiens achetaient à vil prix les billets des Saxons et des Hollandais, qui ne jouissaient pas d’un tel avantage, et se les faisaient ensuite rembourser à leur valeur nominale par la caisse saxonne. |

Frédéric fermait les yeux sur cet agiotage qui était tout

1. Longchamp et Wagnière. Mémoires sur Voltaire, tame IT, p. 334, 335.

au profit de ses sujets. Mais à la suite des réclamations justifiées de la cour de Dresde, le roi de Prusse se vit forcé de défendre l'entrée de ces bons en Prusse. L'ordonnance est du 8 mai 1748, mais elle n'empêcha pas les opérations dont la Saxe se plaignait.

Voltaire vit là un beau coup de bourse à faire et ne put résister à la tentation, bien qu'il convint à un favori du roi moins qu'à tout autre, de transgresser la défense royale. Mais pour cette affaire il lui fallait un intermédiaire. Il allait le trouver dans la personne du juif berlinois Abraham Hirschell (les écrivains contemporains l’appelient indifféremment Hirsch ou Hirschell) qui avait Jivré la parure de diamants avec laquelle Voltaire avait joué le rôle de Cicéron dans sa Rome sauvée, au château de Potsdam.

Voltaire donna 1 à ce juif, le 23 novembre 1750, une lettre de change de quarante mille livres sur Paris, et une autre de quatre mille quatre cent trente écus sur le père du juif, pour lui acheter à Dresde des fourrures et des bijoux, c'est-à-dire des effets saxons, pour 35 louis d'or, c’est-à-dire avec 35 pour cent de perte pour le vendeur, ou à 65 pour cent. Le juif partit en laissant à Voltaire comme garantie des diamants qu'il déclare être d'une valeur de 18.430 écus.

1. Hirschell prétend que Voltaire lui a promis l'impunité et de lui obtenir comme récompense pour ce service l'emploi de joaillier de la cour de Prusse, et Voltaire déclare qu’il à été « pu: bliquement sollicité par le juif d'en (billets), prendre comme les autres ». Lettre à Frédéric, roi de Prusse, 1751, éd. Moland, tome XXXVII, p. 238.

De Dresde, Hirschell écrit qu'on ne peut acheter les billets qu'à soixante-dix; le lendemain il fait savoir qu'ils sont montés à soixante-quinze 1.

Voltaire fut singulièrement refroidi par ces nouvelles, ainsi que par les renseignements que lui fournit M. de Kircheisen sur les dangers d'une’telle spéculation. Peutêtre aussi, comme le prétendit par la suite Hirschell, ne fuit-il pas insensible à la proposition que le banquier Ephraïm, ennemi de Hirschell, lui fit de lui acheter pour trente mille écus de billets de la Stener en ne demandant pour provision que la protection de l’auteur de La Henriade. Toujours est-il que peu de jours après il défendait expressément à Hirschell de lui acheter un seul billet ? et donnait l’ordre à son banquier à Paris de laisser protester la lettre de change de 40.000 livres.

Pendant ce temps, Hirschell avait négocié la lettre de change de 40.000 livres à un certain Homan de Leipzig qui, après en avoir réclamé le paiement, la fit protester 5.

Hirschell revint à Berlin et demanda une indemnité pour les frais du voyage, pour le temps perdu et surtout pour le préjudice que lui avait causé ce protêt.

Voltaire lui paya de suite deux cents écus pour les frais du protêt; mais, pour le satisfaire, et surtout pour lui fer-

1. David Frédéric Strauss. Voltaire. Six conférences. Traduction de L. Narval. (Paris, 1876, p. 128 à 130,

2. Voltaire écrivit qu’il défendit à Hirschell d'acheter les billets le 24 novembre, c’est-à-dire le lendemain du départ d'Abraham pour la Saxe. Lettre à Darget, 18 janvier 1751, éd. Moland, tome XXXVII, p. 232, 233. La date que donne Voltaire nous paraît peu probable. |

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