‹ Voltaire FinancierChapitre 52 sur 108 · G. Desnoiresterres. Voltaire et Frédéric p. 124 à · texte numérisé non relu

G. Desnoiresterres. Voltaire et Frédéric p. 124 à

mer la bouche sur l'affaire des effets saxons, le poète acheta à Hirschell pour 3.000 écus de brillants en les payant suivant le prix auquel les évalua le 17 décembre le joaillier Reklam. La, quittance est du 19 décembre 1750.

Peu de temps après, Voltaire vit qu'il avait été dupe et fit estimer les diamants par cinq bijoutiers, qui déclarèrent qu'ils avaient été vendus un tiers, c'est-à-dire huit cents réaux, trop cher.

Il est vrai que ces experts dépendaient d'Ephraïm, le rival et l'ennemi de Hirschell et pouvaient avoir obéi à son ordre; mais Voltaire ne songea qu’à faire rendre gorge à son voleur et estima que tous les moyens étaient bons avec un juif.

Le 22 décembre, la poète demanda à Hirschell de lui envoyer pour deux mille écus de bagues et un grand miroir, et lui dit de revenir dans quelques jours pour le paiement. Quand Abraham se présenta pour toucher l'argent, Voltaire lui déclara qu'il ne le paierait pas, car, ajoutait-il, il avait été lésé dans le marché précédent et il proposa de tout rendre contre les 3.000 thalers qu'il avait payés. Le juif refusa en disant que les bijoux avaient été taxés par Reklam. Le lendemain, Voltaire alla chez un lieutenant-colonel au service du roi de Prusse, le prit pour juge de cette affaire, et le pria de faire venir Hirschell chez lui. |

Le lieutenant accepta; mais, malgré son intervention, Abraham persista dans son refus de rendre les lettres de change et exigea le paiement des bagues et de la glace. Il rappela que c'était Voltaire qui avait fait taxer les pierres et ne craignit pas de poser cette question injurieuse :

les pierres qu'on prétendait rendre étaient-elles bien les mêmes qu'il avait livrées ? Ceci amena une scène. Voltaire saisit la juif par la gorge et lui déclara qu’il saurait le faire jeter dans un cul de basse fosse pour le reste de ses jours. Cette vivacité de Voltaire n’avança pas ses affaires et l'importance des sommes engagées le décida à entamer un procès malgré les nombreuses raisons qu'il avait de radouter une telle publicité.

Le 10 décembre, Voltaire remettait au conseiller Bell une plainte dans laquelle il demandait qu’on lui fit remettre les lettres de change et qu'on fit déclarer nulle ]a vente de brillants faite à un prix excessif.

Tout nous porte à croire que, pour gagner son procès, Voltaire nia le fait que les diamants avaient été taxés par Reklam, et que pour ne pas laisser la preuve du contraire, il changea dans la quittance du 19 décembre, le mot « taxés » en « taxables » 1.

Le 31 décembre ?, le grand chancelier Cocceji ordonnait aux deux partièés de comparaître devant lui le 4 janvier

Malgré cela, le 1” janvier, Voltaire demandait au ministre M. de Bismarck, comme au chef du tribunal suprême, l'arrestation de Hirschell. Le juif fut effectivement arrêté le même jour, mais presque aussitôt relâché sur caution.

Frédéric II nomma des juges d’un rang très élevé : le

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