C. A. Collini. Mon séjour auprès de Voltaire, p
4. Daniel Muller. Les rentes viagères de Votltaire, Paris, 1920, p. 10. Cet excellent livre sur les affaires financières de Voltaire, avec la maison de Wurtemberg, nous fournira la plupart des détails qui suivront.
tembre 1752 plaça chez lui 150.000 livres à fonds perdus moyennant une rente viagère de 15.750 livres (soit à 10,5 %) payable par quartiers à partir du 1* octobre 1752. Cette rente devait être convertie après la mort de Voltaire en
une rente viagère de 7.500 livres sur la tête de madame Denis 1.
Le 9 novembre 1752, Voltaire écrit en ces termes à sa
nièce : « Je remets entre les mains de M. le duc de Wür-
temberg les fonds que j'avais fait venir à Berlin; il nous en fera une rente viagère sur nos deux têtes... Cet emploi de mon bien est d'autant meilleur que le paiement est assigné sur les domaines que le duc de Würtemberg a en France. Nous avons des souverainetés hypothéquées, et nous ne serons point payés avec un « car tel est notre bon plaisir ». Ce qu'il y a de douloureux dans une si bonne affaire, c’est que je ne pourrai la consommer que dans quelques mois. Elle est sûre; les paroles sont données; paroles de prince, il est vrai, mais ils les tiennent dans les petites occasions, et puis nous aurons un beau et bon contrat. Les princes ont d'honneur; ils ne trompent que les souverains quand il s'agit du peuple ou de ces respectables et héroïques friponneries d’ambition devant lesquelles l'honneur n'est qu'un conte de vieille.
« J'ai perdu quelquefois une partie de mon bien avec des financiers, avec des dévots, avec des gens de l’An-
1. M. D. Muller, note p. 13, que la conclusion de ce contrat a
contribué à envenimer les relations entre Frédéric II et Voltaire et a hâté le départ de celui-ci.
« cien Testament, qui auraient fait scrupule de manger « d'un poulet bardé, qui auraient mieux aimé mourir que « de n'être pas oisifs le jour du sabbat, et de ne pas voler « le dimanche; mais je n'ai jamais rien perdu avec les « grands, excepté mon temps 1 ». Une explication de cette confiance de. Voltaire nous est donnée par Condorcet, qui la tenait probablement de la bouche de Voltaire lui-même Voici ce qu'il écrit à ce sujet : « Il (Voltaire) avait parmi « ses débiteurs des princes et des grands qui ne payaient « pas avec exactitude; mais il avait calculé les degrés de « la corruption humaine, et il savait que ces mêmes hom- « mes, peu délicats en affaires, sauraient trouver de quoi « le payer dans le moment d’une persécution où leur né- « gligence les rendrait l'objet de l'horreur et du mépris « de l'Eurpoe indignée?. »
Le 31 janvier 1753, Voltaire abandonne de nouveau au duc 112.500 livres, pour un contrat de rente viagère de 12.375 livres (soit à 11 %), payable à partir du 1* avril 1753. Après la mort de Voltaire, cette rente devait être remplacée par une rente viagère de 2.250 livres sur madame Denis.
Le 10 octobre 1764, Voltaire verse au duc 200.000 livres et Charles-Eugène lui constitue une rente viagère de. 24.000
1. Voltaire à dû changer d'opinion, car le ?8 février 1776, il écrit à Audibert : « Il est triste d’avoir affaire à des débiteurs » grands seigneurs. Leurs chiens, leurs chevaux, leurs p » leurs usuriers, disposent de tout leur argent : il n’en reste » plus pour payer leurs dettes. Je suis obligé de renoncer à » tous les travaux de Ferney, et je suis menacé de mourir mi- » sérable, parce que de grands seigneurs vivent à mes dépens. »
2. Condorcet. Vie de Voltaire, éd. Moland, tome 1, p. 258 et 259.
TT
livres (soit à 11 %), qui devait être convertie après sa mort en une rente viagère de 16.000 livres payable à madame Denis.
Enfin, le 28 décembre 1764, quatrième contrat : Voltaire donne au duc 80.000 livres, moyennant une rente viagère de 10.000 livres (soit à 12,50 %), payable à partir du 1* janvier 1765. Après la mort de Voltaire, cette rente devait être remplacée par quatre rentes viagères de deux mille livres chacune, l’une sur la tête de madame de Florian, la seconde sur la tête de madame Denis, la troisième sur la tête de l'abbé Mignot, neveu du poète, et la quatrième sur de Fontaine d'Hornoy, son petit neveu. Tous ces contrats furent hypothéqués sur « tous les biens meubles et im- « meubles de $S. A. $S. et spécialement ses seigneuries et « domaines de Montbéliard, Franche-Comté et Alsace 1 ».
Pour l’époque et pour l’âge de Voltaire, le taux d’intérêt de ces rentes viagères n’est nullement usuraire et ces rente n’ont été une bonne affaire pour Voltaire que parce que le hasard a voulu qu'il vécût longtemps.
Voltaire s'était donc constitué 62.125 livres de rentes viagères par an, payées par Charles-Eugène. Il avait assuré en outre, après sa mort, 25.760 livres de rentes viagères à madame Denis, qui mourut en 1790; 2.000 livres à l'abbé Mignot, mort en 1791; 2.000 livres à madame de Florian (en premières noces, M° de Fontaine) qui ne put en jouir, car elle mourut en 1771, c'est-à-dire sept ans
1. Frédéric Rossel. Autour d'un prêt hypothécaire : Voltaire créancier du Wurtemberg. Correspondance inédite. Paris 1909, p. 3.
avant Voltaire, et, enfin, 2.000 livres à M. de Fontaine d'Hornoy, qui ne mourut qu'en 1828.
Nous voyons donc que pour 542.500 livres placées par Voltaire, Charles-Eugène ou ses successeurs payèrent en rentes, à Voltaire, pendant Ces vingt-six ans, 1.177.850 livres; 314.805 livres à madame Denis; 26.585 à l'abbé Mignot, et 102.000 livres à de Fontaine d'Hornoy, soit en tout 1.621.240 livres 1.
Les documents montrent que le 30 mai 1778, le jour de sa mort, Voltaire avait été intégralement payé de ses rentes, mais nous verrons au prix de quelles difficultés.
Le contrat du 27 septembre 1752 stipulait que la rente serait payée en reichsthalers ou écus d'Empire, et du reste c’est en cette monnaie que fut comptée la somme prêtée. Cet écu valait alors 3 livres 15 sous en monnaie de France, et c’est sur cette base que le receveur de Riquewihr ? proposa à Voltaire, pour le paiement du premier quartier échu le 31 décembre 1752, la somme de 3.937 livres 10 sous.
Mais Voltaire, sous prétexte qu'il habitait à Berlin, demanda le paiement en écus de Brandebourg d’une valeur de 3 livres 19 sous pièce; il demandait donc à recevoir non pas 3.937 livres 10 sous, mais 4.144 livres 7 sous. Au cas où cette démarche aurait réussi, il aurait gagné 206 livres 17 sous par quartier 3. |
Les gens du duc, en présence de cette exigence, font