D: Muller. Les rentes viagères de Voltaire, p. 21 à
des démarches auprès de Voltaire pour le déterminer à recevoir le paiement en écus d'Empire. Mais le poète s’obstine dans sa demande, ce qui force les employés du duc à s'adresser à Charles-Eugène qui, pour avoir la paix, donne l'ordre de payer en écus de Brandebourg, comme l'a demandé Voltaire.
Mais dans l'intervalle Voltaire était rentré en France et
n'avait plus aucune raison pour exiger le paiement de ses rentes en écus de Brandebourg. Voici en quels termes un employé du duc raconte son entrevue avec Voltaire :
M. de Voltaire s'étant à la fin déterminé de recevoir les 5.850 rixdahler, pour les quartiers de sa pension actuellement échus, sur le pied de 3 livres 15 sous, en 5e réservant de s'arranger pour l’avenir..., je pensais que nous n’aurions aucune difficulté à appréhender de sa part à l'égard de cette pension. Mais, selon le discours que le dit M. de Voltaire (qui se trouve depuis quelques jours dans cette ville de Colmar), m'a tenu ce matin, il n’a pas encore renoncé à la mieux-value des écus de Brandebourg sur ceux d'Empire.
« Quoiqu'il m'ait assuré d'être intentionné de remettre la décision de cette affaire à la clémence et bonté de S. A. S., il n’a pas laissé que d’insinuer qu'il perdait considérablement sur cette évaluation, et qu'il espérait que S. À. S. y remédierait.
« Outre cela, il m'a dit effectivement, en des termes pleins de respect pour S. A. S. que, comme la promesse sous sa signature portait entr'autres conditions qu'au sujet de la pension dont il s’agit il serait passé un contrat en forme où il le souhaiterait, et que sa famille
« insistait à ce que ce contrat soit passé dans ce pays-Ci, «il était venu exprès à Colmar pour finir cette af- « faire. 1. » |
Malgré ces réserves, Voltaire donne le 18 octobre un reçu en bonne forme, pour ses rentes viagères « échues le: 30 septembre 1753 ». Rien d'étonnant à ce qu'après cette affaire les gens du duc écrivissent que ce créancier était « très difficile à manier », en ajoutant ceci : « ...nous « connaissons M. de Voltaire autant ingénieux en écono- « mie qu’en littérature... ? ».
A la fin du décembre 1753, on paya à Voltaire le quatrième quartier de sa rente, c’est-à-dire la somme de 7.031 livres 5 sous; mais l'employé réclama un certificat de vie de Voltaire en vertu de l'instruction qu'il avait reçue et dans laquelle était écrit ceci : « Comme ces pensions via- « gères, tant de M. de Voltaire que de la dame sa nièce, « doivent cesser entièrement par leur décès, le receveur « se procurera, pour éviter toutes surprises, des certifi-
« de l’autre; de quoi il aura soin de prévenir M. de Vol-
« taire, en le priant de les lui envoyer à l'échéance de « chaque paiement ». Pendant le séjour de Voltaire à
1. Lettre de Flachsland au gouverneur de Montbéliard, du 7 octobre 1753. Cité d'après D. Mullet. Les rentes viagères de Vol-
laire, p. 27. L |
8. Dr Paul Sakmann. Eine Ungedruckte. Voltaire. Correspondenz Herausgegeben mit einem Anhang : Voltaire und das Haus Wurttemberg. Stuttgart, 1899. Lettre. de Türckheim à Flachsland, du 10 février 1753, p. 6 et 7.
« cats en bonne et due forme de la vie de l’un, et ensuite:
RE
Berlin, les certificats de vie s'expliquaient. Mais, en jan: vier 1754, Voltaire habitait Colmar, près de Montbéliard, et les certificats devenaient inutiles.
Voltaire protesta immédiatement contre ces difficultés
qu'on lui faisait par la lettre du 28 janvier 1754, adressée au gouverneur Gemmingen : « Souffrez, Monsieur, que je
prenne cette occasion pour vous parler d'une petite formalité... Je suis convenu avec le sieur Flachsland, receveur de vos domaines en Alsace, qu’il ne me’ paierait que sur mes quittances accompagnées d’une lettre de moi. Il est bien sûr que des lettres de ma main sont des certificats de vie plus authentiques que des témoignages étrangers d'un notaire inconnu. Il serait très gênant pour moi-même et très préjudiciable d’être obligé de me présenter tous les trois mois à des notaires. Je vous supplie, Monsieur, G'entrer dans ma situation. Je peux vivre dans une campagne, éloigné des notaires, et très aise de leur être inconnu. Cette formalité d’un certificat de vie n’est admise dans aucun de nos tribunaux; elle ne se pratique qu'à l'Hôtel de Ville de Paris, à cause de la grande quantité d'étrangers et d’inconnus qui ont des rentes viagères sur ce fonds public. Mon contrat avec S. A. S. ne porte point cette formalité; je ne peux certainement exiger le paiement de ma rente
viagère après ma mort.
« Enfin, Monsieur, je vous aurai une très grande obligation si vous vouliez bien avoir la bonté de me délivrer de cet embarras et écrire au sieur Flachsland qu'il
« continue à me payer sur mes lettres et quittances; il « n'aura pas longtemps cette peine 1 ».
La demande de Voltaire fut accueillie favorablement et Gemmingen lui annonça que pendant son séjour en Alsace on se contenterait des quittances de se main. Il écrivit aussi le 20 février au sieur Flachsland de faire tout son possible « pour ne point le (Voltaire) mettre de mauvaise humeur ».
Quelques semaines plus tard une lettre du duc confirmait l'interprétation de Gemmingen et dispensait Voltaire des certificats de vie.
Le paiement des rentes s’effectuait à peu près régulièrement, ce qui permet à Voltaire d'écrire à Flachsland, le 9 décembre 1754, cette lettre : « J'avais prévenu vos « vues en vous proposant de me payer dorénavant de « six mois en six mois. Je suis charmé que cette facilité « vous convienne. É
« Vous prendrez d’ailleurs dorénavant toutes les mesu- « res qu'il vous plaira, soit avec M. Turkeim, soit avec « M. Tronchin, mon banquier à Lyon, qui est mon ami et parfaitement honnête homme 2. »
Voltaire avait pensé faire homologuer ses contrats pour plus de sûreté par le Conseil souverain d'Alsace, mais il s'était ravisé et avait écrit à Dupont le 18 novembre 1754 : « Il faut que je vous dise un petit mot de notre affaire
« concernant l'homologation de l'acte sous seing-privé
1. D. Muller. Les rentes viagères de Voltaire, p. 31 à 41. 2. Lettre de Voltaire à Flachsland, du 9 décembre 1754. F. Rossel. Voltaire créancier du Würtemberg, p. 24, 25.
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de M. le duc de Würtemberg. Je pense qu'il faut attendre; il serait piqué d’une précaution qui marquerait de la défiance. Je vous écrirai quand il sera temps de consommer cette petite affaire, qui d’ailleurs n'éclatera point, et je tâcherai de conserver ses bonnes grâces. Gardez toujours la pancarte soigneusement... »,
Voltaire avait la réputation d'être un créancier méfiant
difficile et peu complaisant, ce qui explique que le gouverneur Gemmingen écrivit à Jeanmaire : « Je prévois
que M. de Voltaire criera de suite et fera du bruit, dès qu'on ne lui paiera pas à point nommé la rente qu'on lui doit ? ». Voltaire ne cria pas, mais écrivit le 27 octo-
bre 1756 à Jeanmaire, successeur de Flachsland, cette lettre : « Je ne peux vivre sans ma rente, monsieur, et il est
stipulé par mon contrat avec S. A. $S. que je serai payé exactement tous les trois mois. C’est presque le seul bien qui me reste dans ma vieillesse. Je me suis accordé à n'être payé que de six mois en six mois pour vous donner plus de facilité. Les troupes qui sont en Alsace, favorisent sans doute la vente de vos denrées. C’est me priver des aliments que de différer le payement de mon bien. Si vous avez besoin d'ordres pour me rendre la justice que je demande, dites-moy, je vous prie, à qui je dois m'adresser ? Que je sache au moins, monsieur, quand vous comptez me payer, je prendrai de concert avec vous les arrangements convenables; mais songez, je vous prie, à la nécessité où je suis, et à la