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« à vos lumières sur Cette formalité 1. »
Sur ces entrefaites, Voltaire apprend que les marchands de Lyon, Rémongin frères et Joubert, à qui le duc devait 49.983 Ilivres, ont fait faire une saisie-arrêt sur les terres de Riquewhir, et que d’autres créanciers s'apprêtent à en faire autant pour les terres de Franche-Comté.
Alors Voltaire donne l’ordre. à Christin, avocat à Saint- Claude, de faire enregistrer le contrat de 200.000 livres du 10 octobre 1764, ce qui fut fait le 21 octobre 1767.
Par cette formalité, on constatait l'antériorité de son hypothèque.
Le 10 novembre 1767, Voltaire annonce cette saisie au conseil de Montbéliard en ces termes : « .… je pris le parti « d'écrire au mois de septembre à Mgr le duc de Wurtem- « berg, et de le supplier de vouloir bien me faire temir « trois cents louis d'or en attendant mon paiement. S. A. « S. en donna l’ordre; mais il se passa six semaines avant « qu’il fut exécuté; et M. Jeanmaire ne m'envoya que qua-
1. Lettre à Dupont, du 84 octobre 1767, éd. Moland, tome XLV, p. 414. F
"Ai
tre mille cinq cents livres en lettres de change, paya-
bles au 12 novembre.
« Dans cet intervalle, j'appris la saisie faite par des marchands de Lyon sur les terres de Riquewihr. On m'avertit que d’autres créanciers voulaient se faire payer à mon préjudice sur les terres de Franche-Comté.
« J’ai été obligé de faire constater l’antériorité de mon. hypothèque, en faisant contrôler et insinuer un contrat de deux cent mille livres, et en envoyant un avocat à Besançon.
« Si j'avais fait contrôler et insinuer les autres contrats, ces dépenses qui sont à votre charge, auraient monté à plus de quatre mille livres; et, s’il y avait procès entre Les autres créanciers et moi, vous n’en seriez pas quittes pour six mille. J'ai ménagé vos intérêts comme les miens mêmes. Et si vous voulez, Messieurs, me donner des délégations acceptées par des fermiers solvables, avec quelque argent comptant je me fais fort d'arrêter les poursuites des marchands de Lyon... On me devra au 1° janvier soixante et douze mille cinq cents livres, sauf erreur... »
Cette saisie était un coup de maître, car Voltaire pou-
vait la retirer à chaque moment et malgré cela il donnait
réfléchir au duc et à ses gens qui, le 4 décembre 1767,
lui promirent : 1° une délégation de 32.000 livres payable en quatre termes égaux par la caisse de la recette du comté d'Horbourg et de la seigneurie de Riquewihr;
1. Lettre au Conseil de Montbéliard, 10 novembre 1767 F, Ros-
gel : Voltaire créancier du Würtemberg, p. 41 et 42.
2 une délégation de 26.000 livres sur les fermiers de la seigneurie de Granges, en Franche-Comté; 3° une délégation de 4.000 livres sur le fermier des terres de Clerval et Passavant. L
Ces trois délégations formèrent la somme de 62.000 livres 1.
Les délégations ne furent pas obtenues sans grands efforts.
Ainsi le 29 décembre 1767, Voltaire écrit au conseil de Montbéliard cette lettre : « Je dois vous informer, Mes- « sieurs, que. dès que j'aurai mes délégations en bonne « forme, acceptées par les fermiers et régisseurs; et quand « je serai assuré qu'ils ne pourront payer désormais à « d'autres qu'à moi, je trouverai sur le champ de l'argent « à Genève, non seulement pour mes besoins pressants, « mais encore pour le service de Mgr le duc de Wurtem- « berg, dont je serai la caution... ?. »
La lettre du 2 février 1768 est encore plus pressante, car Voltaire écrit : « Vous devez être aussi embarrassés que moi de ne m'avoir point envoyé les délégations
« que vous m'avez promises, et je ne doute pas que vous « ne soyez sensibles à l’état où vous me réduisez.
« Non seulement j'ai arrêté toutes les procédures juri- « diques qui avaient coûté des frais immenses; mais j'ai « cherché à rendre service à S. A. $S. J'ai consenti à être « Sa caution pure et simple pour la somme de soixante
1. Lettre du Conseil à Voltaire, 4 &écembre 1767. F. Rossel. Vol. taire créancier du Wurtemberg, p. 44.
2. Lettre au Conseil de Montbéliard, 29 décembre 1767. F. Rossel. Voltaire créancier du Würtemberg, p. 40.
« et dix mille livres que l’on consent à lui prêter à cinq « pour cent, ce qui est une chose unique à Genève; mais
« vous sentez bien que je ne puis être sa caution sans « montrer des délégations qui répondent du paiement 1. »
Voltaire entend avoir des délégations « en bonne forme » et conformes aux lois du pays. Dans sa lettre du 8 mars 1768, il envoit au Conseil de Montbéliard ces instructions : « … ces soumissions peuvent être pures et sim- « ples; chaque fermier ou chaque régisseur peut écrire « sur un simple billet : « Je paierai tant... à telle échéance « à M. de Voltaire ou ordre, sur le prix de mon bail de « telle... terre, ou sur la recette de telle terre, sans frais « ni diminution quelconque pendant la durée de mon « bail ou de ma régie, le tout à l’acquit de S. A. S. Mgr... « selon ses ordres à moi intimés; me chargeant à mon « propre et privé nom de payer la sousdite somme de pré- « férence à tout; à peine de tous dépens, dommages et « intérêts. Fait à, etc... ?. » Grâce à toutes ces démarches, il reçoit le 1° avril 1768, les soumissions suivant le modèle désiré.
C’est alors que Voltaire imagine de profiter de l’impression qu'avait fait la saisie-arrêt du mois d'octobre 1767 pour obtenir du duc non seulement les délégations dont nous avons parlé, mais encore des effets qui donnaient toute garantie de paiement à une date fixée et portaient intérêt. Pour obtenir ce résultat, Voltaire fit entrer en jeu
1. Lettre au Conseil de Montbéliard, 2 février 1768. F. Rossel. Voltaire créancier du Wurtemberg, p. 48.
2. Lettre au Conseil de Montbéliard, 8 mars 1768. F. Rossel. Voltaire créancier du Würtemberg, p. 55.
un tiers, lequel pouvait se montrer, aux yeux du duc, moins accommodant que Voltaire, qu'on savait fort riche.
Le 25 décembre 1767, le poète écrivit au duc qu'un certain Rafot, de Genève, consentirait à lui avancer 60.000 livres. ;
Cet emprunt aurait permis au duc de payer Voltaire au moins en partie. On fit la sourde oreille à sa proposition.
Voltaire ne se découragea pas, et le 17 février 1768 il fait une nouvelle proposition au Conseil en leur écrivant : « .… Un Génevois qui se retire du commerce (Jaquelot), « consent à prêter à S. A. $S. 70.000 livres à 5 % pour « deux années, l'intérêt de ces deux années prélevé sur « le capital prêté. Il ne demande que deux billets de « 85.000 livres de la main de $S. A. S., payables au por- « teur, l’un au 1* mars 1769, l’autre au 1% mars 1770. « Supposé que cet argent soit reçu au 1* mars 1768, il « veut que je me rende caution saisissable, et il ne veut « d'autre caution en effet que des délégations acceptées « par vos fermiers et régisseurs. Ce n'est que sur ces délé- « gations et soumissions des fermiers que cet argent « sera prêté. Tout ce que je crains, c’est que les longueurs « que l’on met dans toute cette affaire ne rebutent le Ge- « nevois 1 »,
Le Conseil, fatigué par toutes ces démarches de Voltaire et de ses hommes d'affaires, accepta, songeant peutêtre au délai que lui assurait cette opération, et dès le 29 février 1768 le duc envoyait les deux billets à l’ordre
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