D. Muller. Les rentes viagères de Voltaire, p
8. Contrat du 23 mars 1773. F. Rossel. Voltaire créancier du Würtemberg, p. 98.
C'était le 1* mai 1773 que devait avoir lieu le premier remboursement de 10.000 livres. Ne recevant rien, Voltaire rappelle l'échéance par ses lettres des 4 et 25 mai et, enfin, par celle du 20 juin. A la suite de toutes ces démarches, le patriarche reçut le 3 juillet 1773 la somme de 18.333 livres, 6 sous, 8 deniers, dont 10.000 livres de capital et les intérêts des 80.000 livres 1.
Le 30 septembre, Voltaire réclame le remboursement, échu le 1* août 1773; mais le Conseil de Montbéliard lui demande des délais, qui sont finalement accordés; le 13 décembre, Voltaire écrit, en effet, au Conseil : « Messieurs, « quoique j'aie quatre-vingts ans et que je ne doive pas « espérer de vivre jusqu'en 1775, cependant je suis très « flatté de pouvoir, avant de mourir, donner une marque « de mon respectueux attachement à Son Altesse Séré- « nissime et de ma confiance en vos bontés.
« Vous aurez donc pour agréable de me rembourser dans l’année 1775, puisque vous le proposez.
« Si vous pouvez seulement me payer 5.000 livres sur « cette dette en 1774, vous me tirerez d’un assez grand « embarras. Ce sera autant de diminué sur le rembour- « sement. J’attendrai les ordres que vous donnerez à vos « receveurs; ils suffiront sans autre contrat et sans autre « embarras. J’ai l'honneur, etc... »
La 22 décembre, le Conseil remercia Voltaire et l’année 1774 se passa, sans que Voltaire entendît parler de ces 5.000 livres.
1. Reçu de Voltaire au Conseil, 3 juillet 1773. F, Rossel. Voltaire créancier du Würtemberg, p. 94, 95.
Le 5 avril 1775, le Conseil demande un nouveau délai d'un an, que Voltaire accorde par une lettre du 11 avril 1755 où il écrit :
« Je reçois aujourd'hui votre lettre du 5 avril par la- « quelle vous me mandez que vous ne pourrez me rem- « bourser les soixante et dix mille francs et les arrérages « en question, que dans une année. Je dois plus de qua- « tre-vingt mille francs. Je tâcherai d'engager de mon « côté mes créanciers à attendre une année.
« Voudriez-vous m'indiquer au moins la manière dont « vous me ferez toucher, le temps précis où le paiement « de chaque somme sera fait ? Je prendrai sur cela toutes « mes mesures. Il faut que je sache précisément sur quoi « compter... »
Et le 29 avril 1775, Voltaire écrit : « Si vous avez la « bonté de me donner des paroles sûres, je me conduirai « en conséquence. Je perdrai, à la vérité, l'intérêt d'une « année, mais j'y gagnerai la certitude de me voir sans « dette, et d’être tiré de l’abîme où je suis... 1 »
Cette attitude de l’homme que M. L. Nicolardot a voulu nous représenter comme un Harpagon inflexible, toucha le Conseil de Montbéliard qui lui écrit le 30 avril 1775 une lettre conçue en ces termes : « Nous sommes très « sensibles au délai d’une année que vous avez bien voulu « nous accorder.
« Pour que cet objet se finisse à votre satisfaction, « nous vous proposons, Monsieur, le remboursement du
1. Voltaire au Conseil de Montbéliard, 29 avril 1775. F. Rossel. Voltaire créancier du Würtemberg, p. 11%
capital et des intérêts en six termes égaux de trois en trois mois, dont le premier écherra au 30 mai 1776, et pour votre sûreté, nous vous donnerons à votre choix des délégations acceptées soit du directeur des forges, soit du receveur des terres d’Aïlsace.…. 1. »
C'était le 30 mai que le duc devait payer la première
partie de sa dette. Voltaire, qui craignait une nouvelle remise de la date du paiement et qui était dans un grand embarras financier, prépare le duc et ses gens à l’obli-
gation où cette fois il va les mettre de payer. Ainsi il écrit le 16 mars 1776 au Conseil de Montbéliard : « Ayant eu
le bonheur, ou le malheur, de fonder une colonie, qui fait un assez grand commerce, ayant été obligé de bâtir pour les artistes beaucoup de mäisons et de magasins; étant pressé par les architectes à qui je dois plus de quatre-vingt mille livres, et me voyant menacé, à l’âge de près de 83 ans, de mourir sans avoir payé mes dettes, je n'ai d'espérance que dans la justice et dans la magnanimité de Son Altesse Sérénissime.…
« Il me devra au 1” juin quatre-vingt mille cinq cents livres. Je demande qu'il veuille bien me faire fournir des lettres de change en quatre termes... Mes créanciers consentent à ne recevoir leur paiement que de trois mois en trois mois. Ainsi vous aurez, Messieurs,
quinze mois entiers pour effectuer ce parement... »
Peu de jours après, le 22 mars 1776, il écrit de nou-
1. Voltaire au Conseil de Montbéliard, 30 avril 1775. F. Rossel.
Voltaire créancier du Wurtemberg, p. 113.
veau au Conseil : « Je me vois écrasé, si au 21 juin je ne « reçois pas les vingt et un mille livres que je demande; « et je ne réponds pas de ce que feront mes créanciers. « Il serait bien cruel et bien injuste qu'à mon âge, un « prince souverain me retint le fonds et les intérêts, d'un « argent que je lui ai prêté avec tant de confiance; et « S. A. S. en est incapable. » Voltaire, inquiet, propose une combinaison qui lui donnerait une nouvelle garantie et lui permettrait de toucher les intérêts : on lui doit au 1* juin 1776 la somme de 80.500 livres, dont 70.000 de capital et 10.500 d'intérêt (du 1* juin 1773 au 1* juin 1776) : il demande donc qu'on lui fournisse quatre lettres de change de 21.131 livres 5 sous chacune, payables les 1* septembre, 1* mars 1776, 1% mars et 1% juin 1777, soit en tout 84.525 livres. Le duc fait la sourde oreille alors, le 27 mars 1776 Voltaire lui écrit une lettre conçue en ces termes : « Les entrepreneurs de ma colonie se trou- « vent ruinés et moi avec eux, si mes lettres ne sont pas « acquittées. Je vous supplie très instamment de vouloir « bien ordonner, Monseigneur, qu'on fournisse à la Ré- « gence de Montbéliard de quoi fournir ses engage- « ments, au moins au 1* juin et au 1*-septembre.
« On verra ensuite quel parti on pourra prendre avec « elle pour ne la point gêner... Je vous prie de considérer « quelle triste suite des lettres de change non acquitées « entraînent. Plus de vingt familles seraient réduites à « la mendicité. Je dois prévenir un tel désastre à mon « âge de 83 ans. Votre Altesse Sérénissime ne souffrira pas que je meure banqueroutier. Vous avez trop d'équité
« et da grandeur d'âme 1 » et après cette lettre du 30 mars 1776 il mande au Conseil de la Régence qu'il a fait deux lettres de change de 21.131 livres 5 sous chacune et qu'ils les a remises aux entrepreneurs de sa colonie en paiement des dettes les plus pressantes.
Dans cette lettre du 30 mars 1776, Voltaire écrit ceci au Conseil : « Ni Monseigneur, ni vous, Messieurs, ne « voudrez pas me laisser à découvert pour une si légère « somme, et m'exposer aux suites funestes des lettres « de change protestées. Je ne doute pas que Monseigneur « ne vous fasse fournir ou que vous ne trouviez pas vous- « mêmes ce peu d'argent qui pourra apaiser mes créan- « Ciers, et me tirer du plus grand embarras où je me « sois jamais trouvé. Vous savez que je n'ai prêté cet « argent à S. À. S. que pour lui marquer mon respect et « mon dévouement, et pour empêcher M. Jeanmaire de « faire à Genève un marché très onéreux. Je me flatte « que vous ferez tous vos efforts pour satisfaire une « demande si juste et si modérée, comme j'ai fait tous « les miens pour servir Monseigneur et vous. Je reste « d’ailleurs dans tous mes droits, et je vous supplie de « me faire la réponse la plus prompte. La situation vio- « lente où vous me mettez exige de votre part cette atten- « tion, qui pourra réparer mon malheur. »
Ce procédé jeta le Conseil « dans la plus grande consternation » et le détermina enfin à prendre des mesures effectives pour apaiser son créancier. Voltaire reçut, le
1. Voltaire à Charles-Eugène, 27 mars 1776. R. Rossel. Voltaire
<réancier du Würtemberg, p. 119, 120. #
14 juin, en même temps que son quartier régulier, une somme de 10.500 francs pour les intérêts des 70.000 livres (au 1* juin 1776) et on lui promit de payer à la Saint- Martin 30.000 livres du capital 1.
La Saint-Martin approchait;, le 28 septembre Voltaire rappelle au Conseil sa promesse et le 18 octobre 1776 il écrit au Conseil : « Si, tout souverain qu’il est (le duc), « trente mille francs lui paraissent une somme trop forte, « je vous supplie qu'il vous en fasse du moins donner « vingt mille pour le 15 de novembre. Je vendrai ma « vaisselle d'argent et quelques bijoux pour compléter « le reste de ce que je dois ?. »
Mais le duc lui annonce dans ses lettres des 17 et 26 novembre 3 qu'il a résolu d'y (à Montbéliard) envoyer exprès « au printemps prochain une commission » qui va mettre en ordre ses finances et demande à Voltaire d'attendre jusqu'à la fin de 1777.
Alors Voltaire s'adressa à Frédéric « et lui demanda son aide ». Voici un passage de sa lettre du 8 novembre : 1776 : « .… Je n'ose lever les yeux vers vous du sein de « ma décrépitude et du fond de ma misère. Je ne sais « plus où j'irai mourir. M. le duc de Wurtemberg ré- « gnant,. me doit quelque argent qui aurait servi à « me procurer une sépulture honnête; il ne me paye « point : ce qui m'embarrassera beaucoup quand je serai « mort. Si j'osais, je vous demanderais votre protection