‹ Voltaire FinancierChapitre 69 sur 108 · D. Muller. Les rentes viagères de Voltaire, p. 14 (note · texte numérisé non relu

D. Muller. Les rentes viagères de Voltaire, p. 14 (note

2. Lettre à Madame la marquise du Deffand, 3 mars 1754, éd. Moland, tome XXXVIII, p. 184.

naturellement le duc de Wurtemberg, l’autre l'électeur palatin, Charles Théodore.

En effet, le 9 juillet 1753, Voltaire, en quittant — de la façon qu'on sait — son ami Frédéric, s'était arrêté à Mayence d'où il s'était rendu à Mannheim, chez l'électeur palatin Charles-Théodore et il avait profité de sa visite pour céder à l'électeur un capital que M. D. Muller évalue à 100.000 livres, moyennant environ 40.000 livres de rente viagère 1. C'est tout ce que nous savons sur ce placement.

En juillet 1758, Voltaire fit un nouveau voyage à la cour de Charles-Théodore et pendant ce voyage il versa à la Chambre des finances de Mannheim la somme de 130.000 livres moyennant une rente viagère sur sa tête et celle de sa nièce, M° Denis. L'affaire fut négociée par Voltaire auprès du baron de Becker, ministre de l'électeur Charles-Théodore.

Voltaire lui écrivit : « Je vous avouerai donc, Monsieur, que ma principale vue est d'assurer huit mille livres de rente à ma nièce, Mme Denis, veuve d’un officier au « service de la France, laquelle demeure auprès de moi et qui prend soin de ma vieillesse infirme..…

« C'est pour elle principalement que je demande la « parmission de placer un capital. Son Altesse Electo- « rale daigne avoir la bonté de faire passer sur ma tête

1.D. Muller. Les rentes viagères de Voltaire, p. 42. Ces chitfres nous paraissent fort douteux, car il esi peu probable que plaçant chez le duc de Würtemberg, à 11 p. 100, Voltaire ait pu placer chez l'électeur, à environ 40 p. 100, en 1753, et seulement à 10 p. 100 en 1758.

l'intérêt de ce capital à 10 p. 100, en faveur de mon âge, qui est de soixante et trois ans. Ma nièce est âgée de quarante-cinq ans. Votre Excellence ne trouverait-elle pas qu’un intérêt viager d'environ 6 p. 100 accordé à. ma nièce après ma mort serait proportionnel à son âge ? Le gouvernement de France donne 7 p. 100 dans sa dernière loterie et rembourse le capital. J’abandonne le capital et je ne demande qu’autour de 6 p. 100 pour la vie de ma nièce... C’est à peu près, Monsieur, le traité que je fis avec M. le duc de Wurtemberg lorsque j'étais à Berlin et que j'étais moins vieux de six ans.

« J’insiste bien moins sur les proportions des âges que: sur la magnanimité de Monseigneur l'Electeur 1. »

Le 4 juin, Voltaire est obligé d'écrire de nouveau à

M. de Becker pour lui rappeler que les fonds sont à sa: disposition et on se décide à les accepter. L'envoi fut fait par l'intermédiaire du banquier R. Tronchin, de Lyon. Dans la lettre par laquelle Voltaire annonce l'envoi il écrit : « Je vous prierai seulement, Monsieur, de vouloir

bien observer une petite note qui ne regarde que les. mutations autrefois trop fréquents dans les monnaies de France et qui peuvent arriver encore.

« Peut-être Votre Excellence jugera-t-elle comme moi qu’il faut obvier à ces changements qui entraînent toujours des difficultés. en stipulant un payement toujours égal suivant la valeur présente du capital, on remédie à tous les inconvénients et il n'y a jamais de discussion 1... »

1. Cité d’après Georges Bengesco. Voltaire. Bibliographie de ses

œuvres, tome III, p. 370 et 371.

Ce contrat devait donner à Voltaire toutes les sûüretés requises, Car le 1% septembre 1758, Voltaire écrit à de Cideville : « Je vous avouerai que j'ai mis dans cette « cour, et entre les mains de l'électeur, une partie de « mon bien, qu'on pille, presque partout ailleurs. Il à « bien voulu avoir la bonté de faire avec moi un petit « traité qui me met en sûreté, moi et les miens, pour « le reste de ma viel. »

Dans la correspondance de Voltaire, il n’est jamais question de cette rente, ce qui semble indiquer qu'elle fut régulièrement payée, et dans l’état de 1775 l'électeur palatin ne figure que pour 13.000 livres de rente due.

Voltaire en Alsace. — Pour la clarté de l'exposé, nous avons tenu d'étudier tout d’une traite, la question des rentes viagères, bien qu'ils dépassent l'époque étudiée, mais revenons à Voltaire et à ce qu’il fit après son départ de Prusse.

Voltaire venait d'atteindre Francfort-sur-le-Mein, quand le résident prussien de cette ville, nommé Freytag, se présenta chez lui, lui réclame « l'Œuvre de poéshie du « Roi, son gracieux maître » et procède, au mépris de toutes les lois et de toutes les convenances, à une perquisition dans les bagages du poète. Mais la caisse où se trouvaient les œuvres du roi de Prusse était restée à Leipzig, à la suite de quoi Freytag déclara à Voltaire qu'il ne lui serait permis de continuer sa route que lorsque la caisse serait là.

1. Lettre à de Cideville, Délices, 1er septembre 1758, éd. Moland, XXXIX, p. 486.

La caisse une fois arrivée, Freytag refuse sous divers prétextes de laisser partir Voltaire et, après une malheureuse tentative de fuite de la part de celui-ci, il le fait enfermer dans une auberge et lui prend ses bijoux et son argent : quarante-six louis d'or, treize quadruples d'Espagne, douze carolins, six demi-carolins, quatre demilouis et réclame encore. 128 écus d'Allemagne par jour de détention 1.

Il est probable que cet argent fut perdu pour Voltaire, car le poète ayant aperçu un certain Dorn, qui était chargé de lui restituer cet argent, il saisit un pistolet et se précipita vers cet homme qui avait outragé Mr° Denis, et celui-ci n'eut que le temps de s'enfuir en emportant l'argent qu’il oublia évidemment de rendre par la suite ?.

Après cette aventure, Voltaire ne songe qu'à rentrer en France, mais pour en obtenir l'autorisation en vain il s'adresse à M”° de Pompadour, à Richelieu, à Malesherbes : Paris lui reste interdit. « On prétend toujours « que j'ai été Prussien, écrivait-il. Il y aurait bien de « l'injustice à ne pas me regarder comme Français, pen- « dant que j'ai toujours conservé ma maison à Paris et « j'y ai payé la capitation. Peut-on prétendre sérieuse- « ment que l’auteur du Siècle de Louis XIV n'est pas « Français ? »

C'est à la suite de ce refus que fatigué du monde, dégoûté des grands que son « nature] insolent », comme

1. Journal de ce qui s'est passé à Francfort-sur-Mein, éd. Moland, tome XXXVIII, p. 104.

2. Lettre à Frédéric II, roi de Prusse, 64. Moland, XXXVIII, p. 9%.

disait Frédéric, indisposait à la longue, le poète songea à acheter une terre.

Celle à laquelle il songea d’abord était située aux environs de Colmar, c'était justement cette situation qui l'avait séduit, car en s’installant là, il serait près de Monthéliard où résidait l'administration des biens du duc de Wurtemberg, chez lequel, comme nous l'avons vu il avait placé des sommes considérables. Colmar avait encore l'avantage d’être situé de manière qu'on pouvait passer en peu de temps en Suisse, en Allemagne ou se transporter à l’intérieur de la France.

Maintenant que Voltaire désire devenir propriétaire, il n'oublie pas ses principes d'action. Il exige d’abord le plus grand secret, puis il sonde la cour de France, s'informe des droits d'achat, de vente, de donation, de testament, disserte sur le prix des terres et des meubles 1.

Le 24 octobre 1753, Voltaire fait part de ses projets à la comtesse de Lutzelbourg : « J'ai été, lui écrit-il, voir « les ruines du château de Horbourg, sur lesquelles j'avais « quelque dessein de bâtir une jolie maison. Il s'y trouve « quelque difficulté : le duc de Wurtemberg a un procès « pour cette vénérable masure au conseil privé, et je « n'irai pas bâtir un hosp'ce qui aurait un procès pour « fondement. Mais, madame, on m'a dit un mot du « beau château de feu monsieur votre fr.re. N'est-ce pas « Oberkerkeim (sans doute Oberhergheim) ou quelque « nom de cette douceur. Il est, je crois, difficile de le ven-

1. Lettre à de Brenles, 18 octobre 1754, éd. Moland, tome XXXVIIL p. 274, 275.

dre. N'appartient-il pas à des mineurs ? Mais personne ne l'habite; et, si la maison et le fief ne sont pas compris dans le fief invendable, si on peut louer le château, avec les meubles qui y sont, en attendant que la famille s'y arrange, ne serait-ce pas l'avantage de la famille? Je le louerai si on veut ;je ferai un bail; je paierai un an d'avance pour faire plaisir à la famille, et, pour pot-de-vin, je vous ferai un petit quatrain pour votre tableau. »

La lettre de Flachsland à Gemmingen du 31 octobre

1753 n’est pas moins explicite, car Flachsland écrit : « Il

paraît que ledit M. de Voltaire veut fixer son séjour dans ce pays-ci; dans cette vüe, il cherche une maison de campagne pour y demeurer et il m'a dit que si le séquestre d'Ostheim était levé il ferait une proposition à la sérénissime seigneurie d'y bâtir à ses frais une maison, laquelle après sa mort retomberait à la seigneurie, à condition qu’elle ait la bonté de lui abandonner les matériaux du vieux château consistant en pierre de taille et moëllons et de fournir de ses forêts le bois de charpente qu’il aurait nécessaire pour la construction du nouveau bâtiment 1. »

Nous voyons donc que presque en même temps Voltaire

négociait en Alsace l’achat du château de Horbourg, de Oberherghein, de Osthein et enfin de Sainte-Polaye ?.

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