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F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p

« que la récompense naturelle de l'industrie soit l'aug- « mentation des revenus et des fonds d’un propriétaire 1 ».

Quant au transport du blé en pays étranger, cette faculté ne pouvait s’accorder à M. de Voltaire et à M Denis pour leur usage que par des ordres particuliers.

A la suite de ce rapport, le ministre fit dresser un brevet conçu en termes vagues, qui exemptait pendant sa vie la dame Denis, pour les portions des terres comprises dans l’ancien dénombrement.

Bien que ce brevet n’accordât pas à Voltaire tout ce qu'il avait demandé, il le soustrayait à la capitation et aux vingtièmes et lui permettait d'obtenir « l'indépendance et « le repos » qu'il avait désirés toute sa vie ?.

Achat de Tourney. — Voltaire n'avait pas encore terminé les négociations relatives à l’achat de Ferney qu'avec sa mobilité extraordinaire il abordait une affaire du même genre, et le 9 septembre 1758, il écrivait à M. de Brosses, président à mortier au Parlement de Dijon, propriétaire de la seigneurie de Tourney, une lettre conçue en ces termes : « Vous n'êtes pas homme à faire valoir « votre terre de Tourney. Votre fermier Chouet en est dégoûté, et demande à résilier son bail.

« Voulez-vous me vendre votre terre à vie ? Je suis « vieux et malade. Je sais bien que je fais un mauvais marché; mais ce marché vous sera utile et me sera « agréable. Voici quelles seraient les conditions que ma

1. F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 17, 18. 9, Ibid, D. 33.4,30.

fantaisie, qui m'a toujours conduit, soumet à votre pru-

« dence.

« Je m'engage à faire bâtir un joli pavillon des maté- « riaux de votre très vilain château, et je compte y met- «tre vingt-cinq mille livres. Je vous payerai comptant « vingt-cinq autres mille livres. Tous les embellissements « que je ferai à la terre, tous les bestiaux et les instru- « ments d'agriculture dont je l'aurai pourvue, vous ap- « partiendront. Si je meurs avant d’avoir achevé le bâti- « ment, vous aurez par devers vous mes vingt-cinq mille « livras, et vous achèverez le bâtiment si vous voulez. « Mais je tâcherai de ne pas mourir de deux ans, et alors « vous serez joliment logé sans qu'il vous en coûte rien.

« De plus, je m'engage à ne pas vivre plus de quatre « Ou cinq ans. Moyennant ces offres honnêtes, je demande « la pleine possession de votre terre, de tous vos droits, « meubles, bois, bestiaux, et même du curé, et que vous « me garantissiez tout jusqu’à ce que ce curé m'enterre 1. »

Voltaire était alors dans sa soixante-cinquième année et il plaçait ses capitaux en rentes viagères à dix pour cent; donc le contrat tel que le proposait Voltaire n'aurait donné de bénéfice net à M. de Brosses que pendant sept ans, Ce bénéfice se trouverait absorbé si Voltaire vivait encore trois ans et après dix ans, le président perdait chaque année les 3.300 livres payées par le fermier.

Il est vrai que le poète s'engageait à faire pour 25.000

1. Lettre à M. le Président de Brosses, 9 septembre 1758, éd. Moland, tome XXXIX, p. 493, 494.

livres d'améliorations, mais il est rare qu’un propriétaire tienne compte des améliorations que fait un locataire 1.

Lé président répond point par point à ces propositions

de Voltaire, avec l'exactitude d’un homme d'affaires et y mêlant à sa réponse beaucoup d'esprit. Voici sa lettre du 14 septembre 1758 : « Je vous remettrai, à titre de

propriété à vie, tout ce dont le sieur Chouet jouit à titre de bail... Ce que cette vente comprend est actuellement affermé par le bail, 3.000 livres, et pour les années suivantes, 3.200 et 3.800 livres.

« Terre, seigneurie, prés, vignes, droits, — Convenu.

« Meubles. — Convenu. Mais je vous avertis qu’il n’y en a guère.

« Bois. — Vous l’entendez sans doute comme un usufruitier a les bois d'une terre; car vous savez qu'il n’a pas droit de les couper, et qu'ils n’entrent point dans .les jouissances viagères. Les boïs ne sont pas dans le bail du sieur Chouet, si ca n’est pour le pâturage, le chauffage, la glandée (articles annuels).

« Bestiaux. — Sur les bestiaux, il y a une observation à faire à l'égard du troupeau de vaches. Il est du bail, par conséquent de la vente. Mais vous savez que, dans ce pays-là; c'est un fond dans les terres. Il sera convenu qu'après vous on le rendra en même nombre et valeur qu'il aura été livré. Vous m'offrez vingt-cinq mille livres comptant. Mettez la main sur le pourpoint : ce n'est pas assez. Il y à 3.000, puis 3.300 livres de rente dans le bail actuel. Cela vaut trente mille

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