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« Le président de Brosses faisait la sixième génération « des possesseurs de la terre de Tourney en cet état.
« Il alléguait des services rendus par ses ancêtres.
« Enfin, ils avaient la qualité de citoyens de Genève.
« Vous n'êtes, Monsieur, dans aucun de ces cas; ainsi, « les fermiers généraux, qui savent très bien leur compte « vous feront payer des droits qu'ils prétendent être comr « pris dans leur adjudication : ces droits sont le centième « denier; si vous recueillez du vin, ils vous demanderont « des droits d'aide, et il ne paraît pas que le roi puisse « vous en accorder l’exemption. Si Sa Majesté vous expé- « diait le brevet, il faudrait y insérer, sauf le droit « d'autrui, et la grâce ne pourrait porter que sur les deux « vingtièmes que le Roi n’a point affermés 1. »
En fait, ce n'était pas le centième denier qui effrayait Voltaire, car le paiement de ce droit ne s'élevait pour lui qu’à 470 francs, mais les Domaines payés, la Chambre des comptes exigerait son cinquantième, le comte de Ia Marche le quint et le requint (le quint et le requint correspondaient à 24 %) des lods et ventes, et on demanderait aussi les vingtièmes «et la capitation.
A ce compte, le bail à vie de Tourney coûterait plus de 60.000 livres payées dans les trois premières années et environ 600 livres d'impôts par an?. Voltaire fut forcé de payer tous les droits excepté l'impôt annuel et on lui accorda aussi la remise de la moitié des lods de Tourney, car l’aliénation n'était pas compléte.
1, F, Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 51, ©. Ibid, p. 51 à 53,
Voltaire et le président de Brosses. — Le bail de Tourney fut jugé par les banquiers de Genève extrêmement désavantageux pour Voltaire, car le président, par les 35.000 livres du contrat, se trouvait payé d'avance de onze ans de location-et les 35.000 livres placés à 5 % d'intérêts simples représentaient six nouvelles années, sans compter que le locataire prenait à sa charge pour 12.000 livres de réparations qui faisaient le loyer de quatre nouvelles années. $
Pour que le marché fût onéreux pour le président, il eût fallu que Voltaire dépassât l’âge de quatre-vingt-cinq ans.
À son entrée en jouissance, Voltaire avait trouvé la forêt dévastée par le propriétaire, qui en avait fait couper un tiers en 1756 et en faisait couper un autre tiers.
Le résultat de cette exploitation avide était qu’au moment où Voltaire prit possession de Tourney, on comptait à peine, en fait de bois, les seize baliveaux exigés par la loi.
On sait que le grand homme était frileux et ce manque de combustible aggrava encore la rancune qu'il gardait au président à cause des conditions si lourdes du contrat.
Peu de temps après le bail de Tourney, le président reçut avis de maître Girard, son homme d'affaires à Gex, que Voltaire exploitait sa forêt pour la construction du nouveau Ferney, et qu’on avait déjà constaté la disparition de toute une langue de bois, que Voltaire avait convertie en pré 1.