Lettre à M°**, 5 janvier 1759, éd. Moland, tome XL, p
L'observation des besoins réels du pays de Gex, où Voltaire habitait, fit qu'il se déclara en 1764 contre la défense de l'exportation des blés, fut le défenseur acharné de Turgot devenu ministre, et demanda avec celui-ci la suppression des corvées et des corporations, mais se tourna contre Turgot et contre les physiocrates quand il les vit soutenir l’idée de l'impôt unique.
La polémique au sujet de l'impôt unique faillit même brouiller Voltaire avec” Turgot et en 1768 amena notre auteur à écrire le brillant factum intitulé l'Homme aux quarante écus, dans lequel Voltaire a ridiculisé l'impôt unique, contribuant ainsi pour sa part à l'échec final du projet.
L'Homme aux quarante écus, c'est une critique De l’ordre naturel et essentiel des sociétés politiques de Mercier de la Rivière. Voltaire y multiplie les exemples destinés à faire ressortir l'illogisme du système financier des physiocrates.
Voici ce que dans une lettre à Dupont de Nemours, du 2 février 1776, Voltaire écrit au sujet du pays de Gex : « J’ignore encore quelles sont les intentions dé M. Tur- « got, quand il exprime dans l’édit du roi que nos contri- « butions seront imposées sur les biens-fonds de tous les « propriétaires. Je ne crois pas qu'il ait prétendu que les &« colons, obligés de labourer avec six bœufs un terrain « ne rendant que trois pour un, payassent toutes les char- « ges qui surpassent de beaucoup le produit de la cul- « ture, et que les marchands, les fabricants, qui sont les « seuls riches ne payassent rien.
« J'ose dire que j'ai un peu contribué à remettre depuis
quelques années l'agriculture en honneur, en établissant à très grands frais une colonie d’horlogers; alors les habitants du pays de Gex dnt travaillé utilement pour cette colonie, au lieu de ne travailler que pour Genève, et le peu d'argent qu’ils ont gagné n’est point sorti de la province.
« J'ai établi d'autres fabricants qui servent à vivifier le pays. Je parle contre moi-même quand je propose que ces marchands et ces fabricants contribuent aux charges générales, mais M. le contrôleur général n'est pas un homme à se fâcher contre ceux qui préfèrent le bien public à leur intérêt particulier. »
L'influence économique de Voltaire sur l’époque fut
énorme; elle fut d’ailleurs reconnue par ses contemporains. Ainsi, après la publication de la Diatribe à l'auteur des Ephémérides, Bachaumont écrivit dans ses Mémoires du 6 juillet 1775 : « Ce grand homme persuade par un
certain enthousiasme qu’il communique toujours au lecteur, et les économistes doivent se féliciter d’avoir acquis en lui un apôtre qui contribuera Mieux qu'eux tous à la propagation de la science par cet art enchanteur d’attacher sur toutes les matières et de se faire lire par les gens les plus frivoles. La brochure en question est savante, historique, agréable et toujours aiguisée d'une pointe de sarcasme qui réveille, pique et soutient la curiosité 1. »