Bachaumont, Mémoires secrets pour servir à l'histoire de
la République des Lettres en France, tome VIII, p. 107. Cité d'après R. Charbonnaud, Les idées économiques de Voltaire, p. 11, 12.
Voltaire seigneur de village. — Dans ce court aperçu des théories économiques qui ont exercé une influence sur Voltaire, nous voyons qu'à l'époque de son établissement à Ferney, Voltaire « a puisé souvent dans les « Ephémérides des leçons 1 » et que considérant « qu’un « homme qui fait lever cinq épis de blé où il n'en crois- « sait qu’un rend plus de services à l'Etat qu'un poète « et même qu'un faiseur de feuilles? » il a songé à appliquer chez lui la doctrine physiocratique.
Le patriarche avait la très noble ambition d'enrichir la contrée misérable qu'il habitait et d'en devenir le bienfaiteur. Persuadé, comme les économistes, que l'agriculture est la seule source féconde de la richesse, à peine arrivé à Ferney il s'applique à faire creuser des fossés dans sa forêt; des rigoles dans les prairies, pour répartir avec égalité l'excédent des eaux; il fait sauter plus de soixante gros rochers qui étaient répandus dans les champs de Tourney et qui cassaient toutes les charrues et rendaient une partie de la semence inutile; il fait défricher des « bruyères immenses » situées sur la route de Genève. Sur les mauvaises terres, il fait porter de la terre meuble et la fait mêler avec la mauvaise et fumer largement.
Il trouve aussi un moyen ingénieux de fumer ses champs en y parquant ses vaches pendant la nuit.
Les vignes indigènes ne donnant qu’un clairet acide, M. Le Bault, conseiller à Dijon, propriétaire du crû de