Lettre à M. de Chauvelin, 10 août 1760, Moland, tome XL
Corton, est prié d'envoyer, pour « l'expérience de phy- « sique », des « ceps catholiques », destinés à remplacer les « hérétiques » 1.
« J'aime à planter, écrivait Voltaire à Tronchin, le « 13 décembre 1758, j'aime à bâtir; et je satisfais les seuls « goûts qui consolent la vieillesse. Les deux terres, l’une « compensant l’autre, me produisent le dernier vingt; et « le plaisir qu’elles me donnent est le plus beau de tous « les deniers. »
C’est son plaisir, « le seul qui ne soit pas une illusion » et il n’a fait qu'une chose « de raisonnable en sa vie », c'est de cultiver la terre, enfin il est « fou de l’agricul- « ture ».
Toujours à l'affût des découvertes utiles, Voltaire applique les récents moyens de culture, les instruments les plus perfectionnés qu'il achète à grands frais.
11 parle dans ses lettres, d'un semoir nouveau qui fait merveilles et témoigne devant tous le grand souci qu'il a et la grande fierté qu'il éprouve de son domaine. Il prétend se suffire par lui-même, nourrir tout son monde de son blé, l’abreuver de son vin et n'acheter que de la viande.
Un marais qui s’étendait jusqu'aux jardins du château amenait l'infection dans le pays et incommodait Voltaire. Le patriarche s’adressa au contrôleur général des finances et lui demanda la permission de dessécher ce marais.
Mais quand on accepta la proposition, il n'était plus
1 F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, P. 42. Les « ceps catholiques », c'est-à-dire français et « hérétiques », c'est-à-dire d’origine genevoise.
disposé à ouvrir sa bourse et on dut s'adresser aux habitants de Magny qui acceptèrent cette charge après qu'on leur promit que ce terrain serait libre des droits d’insinuation, du centième et du demi-centième denier.
Le desséchement devait être opéré à l’aide d'emprunts contractés par les villages intéressés, et, pour en payer les intérêts, les communes étaient autorisées à louer à bail pendant trente ans la moitié des terrains immergés, le reste des prés devant être converti en pâturages DA les bestiaux des habitants.
Voltaire avait prêté au village la somme de 2.100 livres à l’occasion d’un procès; et, pour amortir cette dette, il se fit concéder ce marais pour une durée de dix-huit ans 1,
Quand le patriarche devint propriétaire de Ferney, ce village était une assez pauvre paroisse. On y faisait aucun commerce, personne n'y passait, le sol était couvert de broussailles, les prés rares. On récoltait à grand’peine un peu de froment, de seigle et d'avoine et de mauvais rai- sins. Le village ne comptait que cinquante-six habitants « dont la moitié périssait des écrouelles ».
Les paysans abandonnaient la terre et travaillaient chez eux au compte des horlogers et lapidaires de Genève. Les propriétaires pour remédier à cette désertion, devaient attirer chez eux, des Suisses et des Savoyards ?.
Pour remédier au défaut de la main-d'œuvre, Voltaire
1. H. Beaune, Voltaire et l'Administration du Pays de Gex. Mémoires de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres da Dijon, 1874.
2, F, Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 204 à 208.
aurait voulu qu'il fût permis aux seigneurs « de retenir « et faire travailler à un prix raisonnable tous les men- « diants, hommes et femmes ». De plus, il prétendait faire « interdire absolument le travail en horlogerie, en « joaillerie aux habitants des villages », car, disait-il « ce « n'est que dans des villes que ces arts de luxe doivent. « être exercés ». Enfin, il sollicita du pape en faveur de ses paysans la dispense du chômage obligatoire pour un certain nombre de jours, considérés alors par l'Eglise. comme jours fériés. Il obtint cette dispense pour trente: des jours en question.
Voici la description de la ferme de Ferney que Voltaire: donne le 7 juin 1769 à Dupont de Nemours : « Rien n'est. « plus beau à mon gré, qu'une vaste maison rustique: « dans laquelle entrent et sortent, par quatre grandes « portes cochères, des chariots chargés de toutes les dé- « pouilles de la campagne; les colonnes de chêne qui « soutiennent toute la charpente sont placées à des dis- « tances égales sur des socles de roche; de longues écuries « règnent à droite et à gauche. Cinquante vaches propre- « ment tenues occupent un côté avec leurs génisses, les « chevaux et les bœufs sont de l'autre: leur pâture tombe « dans leurs crèches du haut des greniers immenses; les, « granges où l’on bat les grains sont au milieu; et vous. « savez que tous les animaux, logés chacun à leur place. « dans ce grand édifice, sentent très bien que le four- « rage, l'avoine qu'il renferme, leur appartiennent de. « droit.
« Au midi de ces beaux monuments d'agriculture sont. « les basses-cours et les bergeries; au nord sont les pres-
soirs, les celliers, la fruiterie; au levant, les logements du régisseur et de trente domestiques; au couchant s'étendent les grandes prairies pâturées et engraissées par tous ces animaux, compagnons du travail de l’homme.
« Les arbres du verger, chargés de fruits à noyaux et à pépins, sont encore une autre richesse. Quatre ou cinq cents ruches sont établies auprès d'un petit ruisseau qui arrose ce verger; les abeilles donnent au possesseur une récolte considérable de miel et de cire, sans qu'il s'embarrasse de toutes les fables qu'on a débitées sur ce peuple industrieux, sans rechercher très vainement si cette nation vit sous les lois d’une prétendue reine qui se fait faire soixante à quatre-vingt mille enfants par ses sujets. Il y a des allées de müriers à perte de vue; les feuilles nourrissent ces vers précieux qui ne sont pas moins utiles que les abeilles.
« Une partie de cette vaste enceinte est formée par un rempart impénétrable d'aubépine proprement taillée, qui réjouit l'odorat et la vue.
« La cour et les basses-cours ont d'assez hautes murailles. |
« Telle doit être une bonne métairie; il en est quelquesunes dans ce goût vers les frontières que j'habite; et je vous avouerai même sans vanité que la mienne ressemble en quelque chose à celle que je viens de vous dépeindre; mais de bonne foi, y en a-t-il beaucoup de pareilles en France ? 1. »
1. Lettre à Dupont de Nemours, 7 juin 1769, Moland, XLVI, SUIS
Ces fermes de Ferney et de Tourney n'étaient pas des
affaires aussi lucsatives qu'on pourrait le croire. Voici un passage qui nous édifiera sur ce point. Il est d'une lettre du 14 février 1764, adressée au marquis Abergati Capacelli. Voltaire écrit : « En vain nous sommes sur le qua-
rante-sixième degré de latitude, les vents sont toujours froids et chargés de particules de glace. Presque aucune plante délicate ne réussit dans ce climat, on est obligé de semer de nouvelles graines de brocoli tous les deux ans; toutes les belles fleurs dégénèrent. Les vignes, quoique plus méridionales que celles de Bourgogne, ne produisent que du mauvais vin, le froment qu'on sème rend quatre pour un, tout au plus; les figues n'ont point de saveur; les oliviers ne peuvent croître. Enfin, nous avons un très bel aspect avec un très mauvais terrain. » Dans sa lettre du 1* juin 1767 à Moreau
de la Rochette, le patriarche n'est pas moins explicite et écrit : « Je n'ai pas vaincu la rigueur du climat. M. le
contrôleur général invitait à cultiver la garance; je l'ai essayé, rien n'a réussi. J'ai fait planter plus de vingt mille pieds d'arbres que j'avais tirés de Savoie; presque tous sont morts. J'ai bordé quatre fois le grand chemin de noyers et de châtaigniers; les trois quarts ont péri, ou ont été arrachés par les paysans; cependant je ne me suis pas rebuté; et, tout vieux et infirme que je suis, je planterais aujourd'hui, sûr de mourir demain. Les autres jouiront. »
Une plainte analogue se lit dans une lettre au maréchal
duc de Richelieu, 17 octobre 1774, une autre dans la Diatribe à l'auteur des Ephémérides. Mais Voltaire nous
donne plus de détails encore sur cette situation dans son Mémoires sur l'état de l'Agriculture au pays de Gex (1764), Il y écrit ceci : « Le pays de Gex est très peu fertile et « coûte beaucoup à cultiver. On n'y sème communément « les terres que de deux années l’une et on est obligé « de leur donner trois forts labeurs, outre cela de la « semaille. Pour faire le premier labeur, on emploie « quatre bœufs forts ou quatre chevaux, et dans le mi- « lieu de ce pays, où les terres sont plus fortes, on est « obligé d'en employer six pour faire une bonne besogne. « Après tous ces labeurs dispendieux, les terres du pays de Gex ne rendent communément que trois pour un, dont un retourne en terre pour semailles. Ainsi une coupe, qui est une mesure d'environ 110 livres, poids de 18 onces, produit deux coupes, outre celle qu'on emploie pour la semaille.….
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« La culture d'une coupe de semature coûte pour les trois labours et ARC RE Creme ill JIVIES LOJSOUS:
« On paye le semeur, on le nourrit à