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F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p

Elle envoya une armée sur la frontière de la Républi. que pour intercepter le commerce de la ville. Cette mesure fut peu efficace pour les gens de Genève qui S’approvisionnaient par le lac.

Alors le ministre Choiseul conçut l'idée de détourner au profit de la Frañce le commerce de Genève. Non content de bloquer la ville, il rêvait de la ruiner, en créant un port qui deviendrait l’entrepôt du commerce entre la France, la Suisse et la Savoie. Pour l’'emplacement de ce port, destiné à remplacer Genève, le ministre avait choisi le village de Versoix, situé dans le pays de Gex, à l'embouchure d’une petite rivière.

Voltaire s'intéressait vivement à l'exécution de ce projet, car la fondation devait avoir un caractère particulièrement libéral. Dans la nouvelle ville, le commerce et l'industrie devaient être libres et un temple protestant devait s'y élever en face d’une église catholique. En un mot, on devait réaliser sur le sol de la France les idées de tolérance philosophique dont l’auteur de La Henriade était le plus actif champion.

Voltaire, qui avait fait adopter ce plan, n'eut pas assez de crédit pour obtenir une loi de liberté religieuse et la perspective d'une tolérance secrète, bornée au temps du ministère de Choiseul, n'était pas de nature à attirer les émigrants.

Malgré cette incertitude, on fit le plan d’un port pour une ville de plus de 30.000 habitants et on y dépensa plus de six cent mille livres.

Voltaire commença même à bâtir à Versoix la pre-

mière maison, et déclara que « la première pierre qui

Pt LE « serait posée à cette ville serait la plus heureuse époque « de sa vie 1 ».

Mais on s'aperçut vite que ce port avait été établi dans l'endroit le plus battu des vents?. Cette situation désavantageuse fit qu'après la disgrâce de Choiseul le projet fut abandonné.

Peu de temps après, des troubles éclatèrent à Genève. Voltaire s'empressa de recueillir à Ferney les familles que ces troubles avaient forcé d'abandonner Genève et décida de faire à Ferney ce que le gouvernement français avait voulu faire à Versoix (1770).

Pour le gouvernement, le projet d'établir à Versoix une ville de commerce était moins important que celui d'y transporter une partie des ateliers d’horlogerie de Genève et par suite de cet état de choses le roi avait autorisé les Genevois émigrants « à s'établir dans le pays « de Gex, à y vivre selon les mœurs et usages » formule vague qu'on avait substituée à l’exemption d'impôt réclamée tout d'abord 3.

Malgré cela, Voltaire attira à Ferney des marchands, un chirurgien, fit construire jusqu'au mois de janvier 1771 douze maisons, et jusqu’au 3 février 1778 quatrevingt-quatorze. Ce village, bâti confortablement, mais sans luxe, est peut-être la première « cité ouvrière » qui ait été construite en France £.

1. Lettre à M. de Pomparet, 24 octobre 1170, éd. Moland, tome XLVII, p. 233.

T2, Lettre de Voltaire à l’intendant Amelot, 29 juin 1771. G. Bengesco, Voltaire, Biblingraphie de ses œuvres, tome III, p. 296, 297.

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