‹ Voltaire FinancierChapitre 97 sur 108 · bid., p · texte numérisé non relu

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Cette politique de Turgot força les syndics à arrêter un autre moyen de répartir l'impôt. Ils résolurent de le répartir sur les revenus des terres au marc la livre des vingtièmes; ils redoutaient, en effet, de faire une estimation des biens-fonds, car suivant eux le pays devait perdre beaucoup à déclarer sa vraie valeur. Il ne semble pas que Voltaire se soit opposé à ce projet, un brevet personnel l'avait exempté des vingtièmes. Les Etats de Gex étaient dans un embarras extrême. Pour remédier à cet état de choses, un nouveau contrôleur général rendit, au mois de juin, un édit ordonnant que des 30.000 livres d'indemnité, 20.000 seraient payées par les propriétés et le reske par l’industrie et le commerce. Une somme de 14.600 livres était imposée, en outre, à la place des corvées.

Les syndics furent effrayés par les charges à placer sur les biens-fonds : la contribution des taillables se trouvait augmentée de moitié, celle de privilégiés doublée, quoique moins lourde à proportion. L’impôt sur l'industrie apparaissait comme impossible, car à la nouvelle de la taxe, la plupart des réfugiés genevois, à qui pour les décider à s'établir dans le pays de Gex, on avait promis une exemption d'impôts s'empressèrent de revenir à Genève.

A la suite de ces désertions, on décida d'inscrire sur les mêmes rôles les artisans non propriétaires et les possesseurs d’un petit bien, et l’on fixa leurs contributions à 6.000 francs au lieu de 10.000. Les propriétaires ruraux

durent payer 24.000 francs et la somme à imposer pour les ouvrages d'art était fixée à 6.000 francs 1.

De cette manière, on réduirait à 86.000 francs les nouveaux impôts, évalués d'abord à 48.000 francs. Pour payer les collectes et balancer la diminution de 4.000 francs sur l'industrie, on consentit un bénéfice sur le sel qu'un adjudicataire vendrait par privilège au même prix qu'à Genève. Les syndics s'en tinrent pour satisfaits, mais il n’en fut pas de même du seigneur de Ferney, qui prévoyait que les propriétaires, déjà chargés de deux vingtièmes, en acquitteraient avec peine deux nouveaux. Il savait aussi que l’industrie de Ferney ne pouvait payer 6.000 livres d'impôt. Il revint donc à son premier plan, de payer l'indemnité par un bénéfice sur la vente du sel.

Fabry avait vu de nouveau dans l’adjudication du sel une occasion de profit et avisé, dans les derniers jours d'août, que les Fermes générales accordaient enfin 2.000 minots à la province, plutôt que d'en publier la promesse, il s'était empressé d'acheter à Berne, le 2 septembre, 6.000 minots de sel 2.

Quand le marché fut connu à Gex l’indignation fut extrême; le 25 novembre 1776, Voltaire écrivit à Dupleix de Bacquencourt, intendant de Bourgogne, une lettre conçue en ces termes : « Nous nous sommes tous soumis « avec zèle à payer les trente mille livres d'indemnité à « la Ferme générale, et nous avons espéré, ainsi que nos « Etats que la Ferme nous fournirait quatre mille cinq

1. F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 309 à 312. 2. Ibid., pp. 311 à 314,

cents minots de sel par an, qui sont absolument nécessaires à la province, de l’aveu de tous les habitants. La Ferme ne nous ayant fait parvenir du sel au nombre de deux mille trois cents minots qu'au 18 novembre de cette année, M. Fäbry secourut la province dans cet intervalle, en faisant venir deux mille quintaux du canton de Berne par le moyen de M. Manuel, président de la Chambre des sels de ce canton et membre du Conseil souverain. M. Fabry rendit en cela un grand service …

« Cependant, dès le mois d'octobre 1776, il arriva que le nommé Rose, ci-devant déserteur de la légion de Condé, à présent employé à Versoix, aidé du sieur Brémond, commis à la poste de Versoix, dont M. Fabry est directeur, fit pour deux années un marché avec le même M. Manuel, du Conseil souverain de Berne, marché par lequel Rose, qui n’a rien, promettait d’acheter pour son compte six mille quintaux de sel par an. Cet énorme monopole alarma toute la province. M. Fabry nous dit qu'on ne pouvait empêcher le marché de Rose, qu'il était autorisé par l'article 3 de l'édit qui permet à tout particulier d'acheter du sel où il vaudra et de commercer de ce sel avec l’étranger 1. »

Après avoir fait annuler le marché de Fabry, Voltaire

prit la direction générale de l'affaire, à l'exclusion des syndics et de l'intendant. Son plan était de prêter sur le champ au pays, 30.000 livres dont il se rembourserait par la revente du sel.

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