‹ VoltaireChapitre 62 sur 74 · XXII, 174. VIII, 577. XXVI, 469, 491. XL · texte numérisé non relu

XXII, 174. VIII, 577. XXVI, 469, 491. XL

plaidoyers, des édits, des mandements, des brefs, des extraits de journaux, des conversations, des relations, des biographies, des anecdotes : parfois tout se mêle étrangement, comme dans les Questions sur les miracles ou le Pot Pourri; parfois toute la fantaisie se ramasse dans un titre piquant.

Car le titre, en cette affaire, est capital : il faut qu'il réveille, qu'il attire.

Plaidoyer pour Genest Ramponeau, cabaretier à la Courtille, prononcé contre Gaudon, entrepreneur d'un théâtre des Bouleverts.

La Canonisation de Saint Cucup.it, frère d'Ascoli, et son apparition au sieur Aveline, bourgeois de Troyes, mise en lumière par le sieur Aveline lui-même. A Troyes, chez M. et Mme Oudot.

Il n'y a rien chez Voltaire de plus exquis que beaucoup de ces bagatelles. C'est un mélange unique de folie et de raison, de fantaisie effrénée et de vérité fine. Le masque est pris et rejeté avec aisance. L'art, cette fois, est libre, sans entrave de règles. Seul persiste le goût qui retient la goguenardise, la canaillerie, la polissonnerie dans le ton de la bonne compagnie, de la bonne compagnie de 1760. C'est leste, effronté souvent, jamais débraillé, toujours élégant.

L'art, dans ces dialogues et facéties, est de filtrer, simplifier les questions, de les réduire à quelques faits lumineux, à quelques formules décisives. Toutes les difficultés, toutes les objections sont volatilisées, ridiculisées. Voltaire excelle à trouver la petite phrase qui réfute en énonçant, à la faire échapper ingénument de la bouche du personnage dont elle détruit ou démasque la prétention.

Nous serions les maîtres, sans ces coquins de gens d'esprit. — Tous les gens qui raisonnent sont la perte d'un État '.

Nous aimons à prêcher, parce qu'on loue les chaises -.

Je me serais battu contre lui, si je m'étais senti le plus fort3.

Rien n'est souvent plus convenable que d'aimer sa cousine, on peut aussi aimer sa nièce. Mais il en coûte 18 000 livres, payables à Rome, pour épouser une cousine et 80 000 francs pour coucher avec sa nièce en légitime mariage*.

Dans les courts dialogues, comme le Plaideur et l'Avocat ou les Anciens et les Modernes, Voltaire ne s'écarte pas : toutes les phrases vont au but, et chaque mot fait argument. Dans les amples conversations, comme celle de Y Intendant des Menus en exercice avec l'abbé Grizel sur l'excommunication des comédiens, l'allure est plus libre, en apparence plus capricieuse. De Louis XIV dansant ou de Marie-Thérèse chantant sur le théâtre, on passe aux enterrements de Molière et de la Lecouvreur, aux sorciers, aux invectives de l'Evangile contre les financiers, à l'histoire de l'Eglise, à l'excommunication des rois, à l'intolérance des convulsionnaires et des fanatiques, à la prépondérance du pouvoir civil, aux contradictions des mœurs des Welches, à toutes leurs sottises, à leur vraie supériorité parmi les nations, qui est dans l'art dramatique; et la conclusion se fait aux dépens du bâtonnier des avocats qui avait fait brûlerie mémoire des comédiens.

C'est l'allure d'un chapitre de Montaigne. Mais toutes las digressions sont des suppléments de

Page 1