Voir la London Chronicle de cette date
à Rousseau », a dit quelqu'un qui la connaissait bien*. Il est probable qu'elle trouvait le séjour de Wooton mortellement ennuyeux. Elle était si stupide qu'elle était incapable d'apprendre l'anglais. Elle n'avait d'autre société que celle de Rousseau qu'elle voyait sans doute relativement peu, car il aimait la solitude et la méditation^, il ne semble pas qu'elle l'ait accompagné dans ses longues promenades journalières ni avoir fréquenté les personnes qu'il voyait quelquefois.
Nous savons qu'elle n'était en bons termes ni avec le concierge ni avec les domestiques de M. Davenport. Il était naturel qu'elle désirât retourner dans son pays et retrouver un entourage plus familier et elle ne pouvait guère y arriver qu'en dégoûtant Rousseau de l'Angleterre.
Malgré son insignifiance et sa bêtise, elle le dominait complètement et ce fut elle probablement qui excita chez lui les craintes imaginaires qui finirent par le rendre fou, en partie pour s'amuser, en partie pour atteindre son but.
Certaines personnes n'ont vu dans la conduite de Rousseau qu'un pur calcul et ont prétendu qu'il n'était nullement fou. A leur avis, il voulait faire parler de
1. Cf. Mémoires de M. Girardin, vol. I, p. 19, 87. Cf. également Memoirs and Correspondance of Sir James E. Smith, vol. I, p. 180-181, où Thérèse est jugée plus favorablement.
2. Il a dit lui-même que lorsqu'il était occupé à la composition de ses ouvrages des semaines entières s'écoulaient sans qu'il lui adressât la parole (Confessions, XII, 288).
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lui et se faire de la réclame par ses excentricités, à l'exemple de Sterne et de Foote. Telle était l'opinion de Adam Smith et de Gibbon. Ce dernier Ta dit très catégoriquement ^ « Il se retira au milieu d'un désert où il fut loisible de végéter si paisiblement qu'il fut forcé de se disputer avec tous nos hommes de lettres pour devenir célèbre. » Sa fuite de Wooton et ses lettres au général ConAva}' faisaient partie du même plan d'action. «Mes sentiments pour lui, écrivit d'Alembert, n'en recevront aucun changement, je le regarde comme un fou très dangereux, dont tout le mérite se borne à une belle locjiièle et à une fort mauvaise logique". »
La conclusion à laquelle était arrivé Hume était qu'il y avait en Rousseau « un mélange de bizarrerie, d'affectation, de méchanceté, de vanité et d'inquiétude, avec une toute petite pointe, et encore cela était douteux, de folie. » Cette façon de voir est probablement plus proche de la vérité. Les hommes du caractère de Rousseau calculent rarement leurs actions et se laissent rarement guider par un motif quelconque. Il est certainement difficile de comprendre comment un homme a pu se conduire comme semble l'avoir fait Rousseau à Spalding et se trouver en même temps dans un état d'esprit aussi agité que le révèle sa lettre au général Conway. Il est également difficile de concilier la lucidité, la précision et la méthode que
1. Cf. lettre à Gibbon, publiée par le général Meredith Read dans ses Historic Studies, vol. II, p. 36o.