‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 17 sur 103 · Brit. Mus. Add. MSS. 22, 627, fol · texte numérisé non relu

Brit. Mus. Add. MSS. 22, 627, fol

a. « Madam. — Tho' I am out of London the favours your

faveurs que vous avez bien voulu m'accorder ne sont pas sorties et ne sortiront jamais de ma mémoire. Je me rappellerai aussi longtemps que je vivrai que la plus respectable des dames de la Cour et des amies de la plus grande reine du monde a daigné me protéger et m'accueillir avec bienveillance pendant mon séjour à Londres. Je viens d'arriver à Paris et je présente mes devoirs à votre Cour avant de voir la nôtre. Je souhaiterais pour Thonneur de Versailles et le progrès de la vertu et des lettres, que nous ayons quelques dames comme vous. Vous voyez que mes vœux sont illimités ; il en est de même du respect et de la gratitude avec lesquels je suis, Madame, votre très humble et obéissant serviteur. Voltaire. » Le 10 juin 1727, George I" mourut et la Cour d'opposition arriva au pouvoir. Les événements qui suivirent la mort du roi, Tavènement et le couronnement de George II et les changements politiques inhérents aux débuts d'un nouveau règne ne sont même pas mentionnés dans la correspondance de

ladyship has honoured me with are not, nor %>"ill ever be. out of my memory. I'll remember as long as J live, that the most respectable lady who waits and is a friend of the most truly great queen in the world, has vouchsafed to protect me and receive me with kindness while J was at London. I am just now arrived at paris and J pay my respects to your Court before I see our own. I wish for the honour of \ ersailles and for the improvement of virtue and letters, we could have some Ladyes like you. You see, my wishes are unbounded; so is the respect and the gratitude J am with, Madam, your most humble obedient servant. Voltaire. » — Cette lettre, écrite en anglais, se trouve au British Museum, Add. Mss. 30, io5.

Voltaire. Il écrivit à Tliiériot quelques jours après que la mort du roi eut été annoncée, mais il ne fait aucune allusion à tout ce qui devait à ce moment passionner l'opinion à Londres*.

Voltaire était, à ce moment, occupé à réunir activement les documents dont il se servit plus tard pour composer ses Lettres philosophiques, son Dictionnaire philosophique, le Siècle de Louis XIV et Y Histoire de Charles XIL

Il commença par faire des recherches sur l'histoire et les doctrines des Quakers. Dans ce but, il essaya de faire la connaissance d'Andrew Pitt « l'un des Quakers anglais les plus éminents qui, après avoir fait le commerce pendant trente ans, eut la sagesse d'assigner des limites à sa fortune et à ses désirs et se retira dans la solitude à Hampstead^ ». Ce fut dans sa retraite d'Hampstead que Voltaire lui rendit visite et dîna deux fois avec lui. Il assista aussi près du Monument, à une assemblée de Quakers dont il a donné un compte rendu très amusant. Il a incorporé la substance de sa conversation avec Pitt, complétée par ses études personnelles sur la littérature

I . Il est d'autant plus remarquable que Voltaire n'ait apparemment rien su du couronnement ni pris aucune part aux fêtes dont il fut l'occasion que l'un de ses compatriotes qui se trouvait alors à Londres, César de Saussure, en a donné une relation très complète et très vivante. A Foreign View of England in the Reigns of George I and George II, lettres de de Saussure à sa famille. Lettre X, p. 289, 270.

a. Notice nécrologique qui parut à la suite de la mort de Pitt dans le Daily Post de Londres, avril 1786.

quaker dans son article sur les quakers du Dictionnaire philosophique et dans les quatre premières de ses Lettres philosophiques.

Il étudia également les différentes sectes religieuses entre lesquelles le protestantisme anglais s'était fractionné et il a émis l'opinion quelque peu paradoxale que c'est à l'existence de ces schismes que l'Angleterre doit l'harmonie et la paix qui régnent dans le domaine religieux.

« Si, remarque-t-il, il n'y avait en Angleterre qu'une seule religion autorisée, le gouvernement deviendrait très probablement arbitraire ; s'il n'y en avait que deux, les gens se couperaient mutuellement la gorge, mais comme il y en a une telle multitude, ils vivent tous heureux et en paix*. »

Il étudia la constitution de l'église établie et les mœurs et le caractère du clergé qu'il déclara être supérieur au clergé français au point de vue de la moralité et de la décence^.

Notre commerce, nos finances et notre gouvernement retinrent successivement son attention et il a commenté chacun de ces sujets avec le talent et l'esprit superficiel qui lui sont habituels.

Il étudiait nos institutions avec un plaisir d'autant plus grand qu'elles étaient en contraste frappant avec celles de son pays. Il se trouvait pour la première

1. Letters concenning the English Nation (édition anglaise, 1733), lettre VI.

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