‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 21 sur 103 · Maurepas à Voltaire, 29 juillet 1727. — Je vous envoie · texte numérisé non relu

Maurepas à Voltaire, 29 juillet 1727. — Je vous envoie

suite, sans doute, il changea d'avis et ne profita pas de la faveur qu'il avait obtenue. Il avait probablement constaté que le meilleur endroit où il pourrait faire imprimer son ouvrage était Londres. En tout cas, il n'y a aucune trace de son départ d'Angleterre à cette époque.

Parmi les manuscrits de la collection Ashburnham^ se trouve une curieuse relique du séjour de Voltaire en Angleterre. Il s'agit d'un cahier très ordinaire dans lequel il notait de temps en temps ce qui l'avait frappé, soit dans ses lectures, soit au cours d'une conversation. Ces notes qui sont parsemées d'extraits des poètes italiens et latins sont rédigées

la permission que le roi a bien voulu vous accorder de rester à Paris, vaquer à vos affaires pendant neuf mois. Comme ce temps est limité par le jour de votre arrivée, vous aurez soin de m'en avertir; je ne doute pas que vous n'y teniez une conduite capable d'effacer les impressions qu'on a données contre vous à Sa Majesté et que l'avis que je vous en donne ne vous touche assez pour y donner toute votre attention. » Archives de la Bastille. Cité dans les Œuvres complètes de Voltaire, vol. I, p. 3o8. Dans une annotation à la suite de la lettre à Thériot, Œuvres completes, XXXIII, p. 173, il est dit que le 29 juillet, date de la lettre de Maurepas, Voltaire obtint « une permission datée de Versailles, et signée Phelypeaux » qui lui accordait trois mois et non neuf.

I. Barrois, 653. Je dois la permission d'examiner ces notes très curieuses à la courtoisie et à l'amabilité de lord Ashburnham, de la collection duquel elles font partie.

en anglais et en français. On y trouve côte à côte les plaisanteries bien connues de Rochester, souvent très indécentes ; des anecdotes et des vers également grossiers qu'il avait sans doute recueillis dans les tavernes ou les cafés, des notes prises évidemment dans le but de servir à la composition de Drutus, de la Vie de Charles XII et des Lettres philosophiques, et aussi des fragments de poèmes originaux et de traductions. Ces notes ne jettent malheureusement aucune lumière sur sa vie privée, si ce n'est qu'elles nous révèlent cet important détail qu'il avait un valet de pied.

La variété et l'étendue des études auxquelles se livra Voltaire durant son séjour en Angleterre sont étonnantes, étant donné que ce séjour fut relativement court et que ses nombreuses occupations lui laissèrent peu de loisirs. Il nous étudia sous toutes les faces et son examen ne se borna pas aux contemporains, il s'intéressa aussi au passé de notre pays, car, ainsi que le prouvent ses écrits, il acquit une connaissance approfondie de notre archéologie et de notre histoire. Mais les sujets qui l'intéressèrent le plus furent, naturellement, la philosophie et les belles-lettres.

Deux grands mouvements philosophiques agitaient alors l'Angleterre, l'un était scientifique, l'autre théologique ou métaphysique; le premier avait pour promoteurs Bacon et Newton, le second les déistes de l'école créée par Herbert et Hobbes et dont les apôtres étaient alors Tindal, Toland, Collins et Wools ton.

Voltaire prit pour guides dans ses études Bolingbroke et le D"" Samuel Clarke. Clarke était certainement le plus cultivé des disciples de Newton. Il était également érudit en théologie, en métaphysique, en histoire naturelle, en mathématiques et en science pure. Il avait, pendant la vie de Newton, été en termes intimes avec lui et il avait traduit ses Optics en latin.

Il connaissait à fond les écrits de Bacon et de Locke aussi bien que ceux de Descartes et de Leibnitz et il avait été mêlé d'une façon prédominante à toutes les controverses savantes de son époque.

Ce fut en 1726 que Voltaire se rencontra pour la première fois avec cet homme eminent. Ils s'entretinrent principalement de métaphysique. Voltaire fut fasciné par l'audacité des idées de Clarke et il les accepta aveuglément. « Clarke, dit-il expressivement, sautait dans l'abîme et j'osai l'y suivre. » Cependant il reprit bientôt pied. Dans la suite, il dit un jour en parlant de Clarke qu'il était si complètement absorbé par les problèmes et les calculs qu'il était tout au plus une machine à raisonnera

Ses relations avec Clarke lui procurèrent probablement l'occasion de faire la connaissance d'un autre disciple distingué de Newton, le D"^ Henry Pemberton. Pemberton était alors occupé à composer un ouvrage de vulgarisation sur le système de Newton, ouvrage qui parut en 1728 sous le titre de « A

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