I. Lettre à A. M***, Mélanges, vol. I, p
vaisseaux qui se trouvaient sur la rivière avaient déployé leurs voiles pour faire honneur au roi et à la reine (en parlant de la reine il se trompait évidemment car elle était en ce moment à Ahlen) et il parle en particulier de la magnificence de la barque royale, des deux rangs de vaisseaux marchands couvrant un espace de six milles et des riches livrées portées par les serviteurs du roi. Si nous consultons la London Gazette du lundi 3o mai, nous lisons que ce jour-là, l'anniversaire de la naissance du roi, dont la célébrabration avait été remise du samedi précédent, fut fêté avec les démonstrations habituelles de la joie populaire ; et dans le British Gazetteer du samedi 21 mai, nous voyons que l'on fait de grands préparatifs pour célébrer l'anniversaire du roi et que les serviteurs du roi sont vêtus de neuf à cette occasion. On peut donc raisonnablement conclure que Voltaire mit le pied pour la première fois sur le sol anglais le 3o mai 1726.
On savait déjà en Angleterre qu'il avait été libéré de la Bastille et qu'il avait l'intention de venir à Londres ^
Il avait eu la prudence bien caractéristique de prier le comte deMorville, alors ministre des Affaires
I. British Journal du i^ mai 1726 : « Le trois courant M. de Voltaire a été libéré de la Bastille et conduit à Calais, Il a été autorisé à passer en Angleterre et on lui a interdit de s'approcher de la Cour à moins de cinquante lieues. On dit qu'il va publier à Londres une grande édition de son fameux poème sur la Ligue, dont nous n'avons qu'une mauvaise copie. »
étrangères, de demander à Horace Walpole, qui avait succédé à Stair comme ambassadeur à Paris, de vouloir bien lui donner une lettre de recommandation pour le duc de Newcastle.
A la suite de la démarche de Morville, Walpole écrivit la lettre suivante à Newcastle, le 28 mai 1726.
« J'espère que vous voudrez bien m'excuser de vous recommander, sur les vives instances de M. de Morville, M. Voltaire, un poète de beaucoup de talent qui est parti dernièrement pour l'Angleterre afin d'y faire imprimer un excellent poème intitulé « Henri IV ». Il a été enfermé à la Bastille mais pour une querelle avec un simple particulier et non pas pour une affaire d'Etat. J'espère donc que Votre Grâce lui accordera volontiers sa faveur et son patronage pour lancer la souscription *. »
Il écrivit aussi le même jour dans les mêmes termes à Bubb Dodinglon. Il ne s'en tint pas là. II donna également à Voltaire une lettre d'introduction pour le comte, plus tard maréchal et duc de Broglie, qui était alors ambassadeur de France à Londres, dans laquelle il priait ce dernier de présenter Voltaire aux membres du cabinet anglais ^.
Pendant la traversée. Voltaire s'était livré à de mélancoliques réflexions. Dans l'amertume de son âme, il faisait un parallèle entre sa propre situation et celle dans laquelle son héros favori s'était trouvé autrefois.