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Au milieu de ses multiples occupations, il trouvait encore le temps de parcourir tous les ouvrages anglais de quelque valeur en prose et en poésie. Il commença par Shakespeare, dont il étudia les principales tragédies avec une attention minutieuse, en en analysant la structure, les personnages, le style. On ne cite jamais ses remarques sur Shakespeare, il est vrai, si ce n'est pour s'en moquer, mais les défauts de sa critique ne proviennent ni de son ignorance, ni de son inattention. On ne doit pas chercher son opinion réelle sur Shakespeare dans les Théâtres Anglais et dans la Lettre à l'Académie, dans les Lettres Philosophiques et son admirable lettre à Horace Walpole^ L'influence de Shakespeare sur les tragédies de Voltaire est manifeste et il est facile de se rendre compte de la profondeur de cette influence en comparant les pièces écrites par lui avant sa visite en Angleterre, telles que Œdipe, Artemise, Marianne, avec celles qu'il écrivit après son retour en France, comme Brutus^ Eriphyle et Zaïre. Brutus et La Mort de César furent évidemment inspirés par Julius Cœsar de même que Zaïre par Othello ; on retrouve dans Eriphyle et Semiramis des réminiscences manifestes dî'Hamlet et les deux scènes les plus puissantes de Mahomet, rappellent beaucoup Macbeth, ainsi que l'a fait remarquer Lounsbury. Voltaire traduisit plus tard en français les trois premiers actes de Ju-
I. Datée de Ferney, juillet 1768. Correspondance générale, vol. XIV.
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liu3 Caesar et il a donné dans les Lettres Philosophiques une version originale mais peu satisfaisante du fameux monologue de Hamlet * .
On ne peut lui demander d'avoir mieux connu les œuvres de Chaucer, de Spencer et des écrivains du temps d'Elisabeth en général, que la plupart des écrivains anglais de cette époque.
Il avait soigneusement étudié les œuvres de Milton, ainsi que le prouvent son essai sur la Poésie épique et son article sur ^Épopée^ Il avait en dehors du Paradise Lost, lu le Paradise Regained et Samson Agonistes, qu'il estimait l'un et l'autre assez médiocrement. Il avait lu les drames et les essais de Dryden, dont il parle dans le Siècle de Louis XIV avec un enthousiasme délirant : « On distingue le célèbre Dryden, qui s'est signalé dans tous les genres de la poésie; ses ouvrages sont pleins de détails naturels, à la fois brillants, animés, vigoureux, hardis, passionnés, mérites qu'aucun poète de sa nation n'égale, et qu'aucun ancien n'a surpassés ^)) Il déclarait cependant que le talent de Dryden était trop exubérant et qu'il Remontrait pas suffisamment de discernement \ Il avait une haute opinion du Dispensary de Garth ^
1 . En ce qui concerne l'influence de Shakespeare sur Voltaire, nous renvoyons le lecteur à l'intéressante étude du Professeur Lounsbury, Shakespeare and Voltaire.