Dictionnaire philosophique, article Burlesque
qu'il met au-dessus du Lutrin. Il connaissait également les ouvrages des contemporains de Dryden. Même des poètes aussi inférieurs que Oldham, Roscommon, Dorset, Sheffield, Halifax et Rochester ont retenu son attention. Il déclarait que Rochester était réellement un poète de grand talent ; il met ses satires sur le même plan que celle de Boileau et dans une de ses Lettres Philosophiques Qa vingt et unième) il a rendu en français une partie de la satire sur l'homme. Les poèmes de Denham lui plurent beaucoup, il parle en termes enthousiastes de Waller dont il traduisit aussi en partie en vers français TElégiesur la Mort de CromAvell, il le place au-dessus de Voiture et remarque que «ses œuvres sérieuses montrent une force et une vigueur que ne faisaient pas prévoir la délicatesse et la faciUté de ses autres morceaux ». Il lut Otway dont, chose singulière, il méconnut le mérite, il a fait une analyse sarcastique de son Orphan dans V Appel à toutes les Nations. Il connaissait les tragédies de Lee et il appréciait beaucoup les comédies de Wycherley, Vanburgh et Congreve sur lesquelles il a laissé de nombreuses notes intéressantes et justes. Il fit même à Vanburgh l'honneur de lui dérober plusieurs scènes, la plupart des personnages et le sujet du Relapse. Il est étonnant que les éditeurs français qui ont si bien remarqué que le Comte de Boursoujjfîe, Comédie Bouffe, était simplement V Échange, Comédie en trois actes, refondu, n'aient pas remarqué que ces deux pièces n'étaient que des adaptations françaises de la pièce de Vanbrugh.
g8 VOLTAIRE EN ANGLETERRE
Rien ne montre d'une façon plus frappante la parfaite connaissance que Voltaire possédait de notre langue et la facilité avec laquelle il était capable de s'assimiler une littérature comme la nôtre, même lorsque cette littérature est très ésotérique, que ses remarques sur Hadihras.
« Je n'ai jamais trouvé, dit-il, autant d'esprit dans un seul livre. C'est un mélange de Don Quichotte et de la Satire Ménippée. »
Il a donné, dans la vingt-deuxième lettre philosophique, une traduction française du début de cet ouvrage dont il a reproduit avec un rare bonheur le rythme et l'inspiration. Il lut aussi avec plaisir les poèmes de Prior. Il lui a consacré un article du Dictionnaire philosophique et dans un autre article il a attiré l'attention sur les mérites de VAlma.
VHermite de Parnell lui plut tellement qu'il le lui emprunta et après l'avoir mis en prose, l'inséra dans Zadig. Il connaissait bien les essais et les poèmes d'Addison qu'il a appelé « le meilleur critique aussi bien que le meilleur écrivain de son temps S). « Son style, dit-il, est un style modèle. Sa manière d'écrire est un excellent modèle en tout pays. » Il a imité ses Allegories ^ il s'est servi de sa Compaign comme mo-
1 . En ce qui concerne ses remarques sur Gaton, cf. Dictionnaire philosophique, article Addison, où il donne une traduction française du monologue de Gaton,
2. Gf. en particulier la Vision dans la section II de l'article Religion dans le Dictionnaire philosophique.
dèle pour Fontenoy, il lui a emprunté ses appréciation sur Milton et a mis son Caton au premier rang des tragédies anglaises, il en parle comme de « la seule tragédie anglaise écrite avec une élégance et une noblesse continue )). Il a même été jusqu'à dire que le principal personnage de ce drame est a le plus grand qui ait été jamais mis sur la scène ^ ». Ses observations sur les défauts de la pièce sont plus justes et prouvent que s'il avait le mauvais goût de préférer Addison à Shakespeare, il connaissait suffisamment l'histoire de notre drame pour pouvoir remarquer en quel sens l'apparition de Caton marquait une nouvelle période dans son développement. Il a loué avec enthousiasme le talent de Swift ; il a dit que c'était aux ouvrages de Swift qu'il devait son goût pour la langue anglaise. Il le considérait comme de beaucoup supérieure Rabelais. « M. Swiftest Rabelais dans son bon sens et vivant en bonne compagnie. Il n'a pas à la vérité la gaieté du premier, mais il a toute la finesse, la raison, le choix, le bon goût qui manquent à notre curé de Meudon^ » Il éprouva un tel plaisir à la lecture des Gulliver's Travels qu'il engagea son ami Thiériot à en entreprendre la traduction en français, en lui conseillant judicieusement, cependant, de limiter son travail à la première partie. Son propre Micromegas doit beaucoup à Gulliver, de même que sa Relation de la Maladie du Jésuite Berthier fut évi-