Siècle de Louis XIV, chap. xxiv
Au début de 1728, il se prépara à quitter rAngleterre. 11 dit à ses amis, en plaisantant, qu'il avait deux raisons pour prendre cette détermination. Il était fatigué de vivre chez « un peuple de fous qui croit en Dieu et a confiance en ses ministres, et comme il voulait croire l'Évangile, il était décidé à se rendre à Constantinople, car il était impossible de croire à rÉvangile lorsque l'on vivait au milieu des confesseurs du christianisme* ». Rien, à vrai dire, ne le retenait plus en Angleterre. Il avait publié la Henriade, il avait terminé le travail de documentation de ses Lettres Philosophiques, il avait réuni les matériaux du Siècle de Louis XI V et de V Histoire de Charles XII \ il s'était fait autant d'amis qu'il avait voulu, il avait vu tout ce qu'il désirait voir et, ce qu'il considérait d'une égale importance, il avait gagné de l'argent. Il serait cependant injuste de supposer que les seuls motifs d'attachement qu'il eût pour l'Angleterre fussent des motifs d'intérêt. Il avait sincèrement pris goûta notre pays et à ses habitants. lia répété bien des fois que l'humeur et le caractère essentiellement originaux du peuple anglais et du peuple français étaient faits pour se corriger mutuellement : « Utraque poscit opem res et conjurât amice » . « Je pense qu'un Anglais qui connaît bien la France et un Français qui connaît bien l'Angleterre, n'en valent que mieux tous les deux 2. » « Si je n'avais pas été obligé, dit-