Voyages, II
3. Œuvres de Fontenelle (Paris, 1818), vol. II, p. 566. Cette lettre ne se trouve nullement dans l'édition citée par M. Vian, Paris, 1708.
Charles-Louis de Secondât, baron de la Brède, plus tard baron de Montesquieu, était issu d'une vieille famille de robe et d'épée ; il naquit à la Brède, à trois lieues de Bordeaux, le i8 janvier 1689. Son père, Jacques de Secondât, était le second fils du baron de Montesquieu ; sa mère, Françoise de Penel, avait apporté en dot à son époux le château et les terres de la Brède. Montesquieu commença son éducation chez les Oratoriens à Juilly, où il resta depuis l'âge de douze ans jusqu'à vingt et un ans. Il fit ensuite des études de droit et devint conseiller au Parlement de Bordeaux en 171^4. L'année suivante, il épousa Mlle Jeanne de Lartigue et deux ans après son mariage il devint président à mortier ; son oncle, chef de la famille et titulaire de cette charge, la lui avait léguée avec toute sa fortune à la condition qu'il prît le titre de Montesquieu.
Montesquieu se soumit à cette condition, mais il ne s'attacha jamais à ses fonctions, pas plus qu'à son foyer, car sa femme était laide et vulgaire et ses fonctions officielles arides et tout à fait contraires à ses goûts. Si, dans la vie privée, comme époux et comme père, et dans la vie publique comme magistrat et comme citoyen, il s'efForça d'éviter le plus possible les complications, du moins s'acquitta-t-il régulièrement et dignement de ses fonctions et de ses devoirs.
Il consacra ses loisirs à ses amis, — il rechercha l'amitié de tous les hommes éminents de son temps — à ses études, à ses liaisons et à ses projets ambitieux.
Il y avait dans son caractère un mélange singulier de philosophie et de libertinage, d'austérité et de sensualité. On retrouve plus ou moins ces éléments disparates dans le Temple de Gnide, dans les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains et dans VEsprit des Lois.
Montesquieu dirigea d'abord ses études vers l'anatomie, la botanique et l'histoire naturelle. Mais il était d'origine gasconne et son caractère gascon, reprenant le dessus, le tourna bientôt vers des études moins positives. Il subit la fascination de Montaigne avec lequel il avait beaucoup de traits communs. Dans l'admirable portrait qu'il a donné de lui-même dans ses Pensées diverses, on pourrait croire qu'il a voulu en réalité peindre son maître.
« L'étude, écrit-il, a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé... Je suis presque aussi content avec des sots qu'avec des gens d'esprit ; car il y a peu d'hommes si ennuyeux qui ne m'aient amusé...
« J'ai eu naturellement de l'amour pour le bien et l'honneur de ma patrie et peu pour ce qu'on appelle la gloire. Quand j'ai voyagé dans les pays étrangers, je m'y suis attaché comme au mien propre, j'ai pris part à leur fortune et j'aurois souhaité qu'ils fussent dans un état florissant ^ »
Il devint de plus en plus avide de savoir et d'ac-