I. Pensées diverses, Œuvres, vol. VII, p
des notes sur les débats et se livra à une étude approfondie de notre constitution et de notre gouvernement ; Texperience qu'il acquit ainsi lui servit plus tard pour écrire les deux chapitres les plus brillants et les plus vigoureux de VEsprit des lois, le sixième chapitre du livre VI et le vingt-septième chapitre du livre XIX.
Les inconvénients inhérents au gouvernement de parti n'ont jamais peut-être été aussi flagrants que pendant le passage de Walpole au pouvoir, depuis l'apparition du Crafstman, en décembre 1726 jusqu'à sa chute au printemps de 17^2. Walpole empêcha, il faut lui rendre cette justice, l'Angleterre de s'empêtrer dans les affaires continentales et il contribua au maintien de la paix de l'Europe à un moment très critique, il nous évita les discussions d'une succession disputée, il assura au pays le repos dont il avait besoin après le traité d'Utrecht, et lui permit ainsi de développer son commerce et son industrie. Il fit adopter un certain nombre de sages mesures et posa les fondements de notre prospérité commerciale future. Mais tous ces avantages furent achetés fort cher. Jamais, depuis l'époque delà Cabale, la vie publique de l'Angleterre n'était tombée si bas. Le tableau que nous en donne Montesquieu n'est nullement poussé au noir.
Walpole bafouait ouvertement tous les principes, la vertu, l'honneur, la religion. Grossier jusqu'à la brutalité dans ses mœurs, dans sa conversation, dans ses goûts* il n'aimait que la politique et la politique,
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pour lui, ne signifiait pas autre chose que la direction de la Chambre des communes et le maintien de sa propre suprématie.
Les services importants que Walpole rendit à son pays furent l'effet du hasard des manœuvres de partis.
La seule différence existant entre lui et l'opposition était qu'il occupait le pouvoir et qu'il était responsable, tandis que ses adversaires étaient dans l'opposition et étaient irresponsables, il devait agir et se maintenir au pouv^oir par ses actes tandis qu'ils n'avaient qu'à critiquer ses actes, à protester, à crier. Il avait l'appui de la Couronne et tenait les cordons de la bourse publique, ils n'avaient contre lui que les armes de l'intrigue, des invectives et des diffamations.
Alors que Walpole pratiquait la corruption, ses adversaires tonnaient contre elle, il avait les moyens de corrompre et il usait sans vergogne de ce procédé, quant à eux ils n'en avaient pas les moyens, aussi dénonçaient-ils la corruption. Comme il était l'allié de la Cour, ils fulminaient contre le favoritisme royal et en appelaient au pays. Dans le double but de décrier la politique de Walpole et de déguiser la monstruosité d'une coalition comme la leur, ils avaient eu l'habileté d'adopter le nom de Patriotes, leur tactique, très simple, était toujours la même, ils s'opposaient systématiquement à toute mesure, bonne ou mauvaise, proposée par Walpole et préconisaient une politique intérieure et extérieure tout à fait contraire à la'sienne, dans le seul but de la discréditer.
Montesquieu arriva en Angleterre au moment où
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la lutte battait son plein. Le Crafstman éidiii devenu si violent que chaque numéro, avant d'être envoyé à la presse, était soumis à trois avocats qui étaient chargés d'examiner s'il ne contenait rien qui puisse tomber sous le coup de la loi sur la diffamation ^ En mars 1729, avait été signé le traité de Seville, et les Patriotes reprochaient alors à Walpole d'avoir abandonné l'Autriche, notre vieille alliée, pour se rapprocher de nos ennemis héréditaires, la France et l'Espagne.
Le traité leur avait aussi fourni un prétexte pour remettre une fois de plus sur le tapis la question du maintien d'une armée permanente en temps de paix. Le premier débat auquel Montesquieu assista eut lieu le 28 janvier 1780. La question qui fit l'objet de la discussion à la Chambre des communes fut une motion présentée par le a Secretary of War » et appuyée par Sir William Younge, demandant que l'effectif des troupes de terre fût maintenu au même niveau pendant l'année. Cette motion fut attaquée par Shippen dans un discours éloquent et vigoureux. L'exactitude des notes prises par Montesquieu est corroborée par le compte rendu du discours dans la Parliamentary History, mais Montesquieu nous donne quelques détails intéressants qu'on ne rencontre pas ailleurs.
I. Nous devons ce détail à Montesquieu qui dit dans ses « Notes sur l'Angleterre » « Le Craftsman est fait par Bolingbroke et par M. Pulteney. On le fait conseiller par trois avocats avant de l'imprimer, pour savoir s'il y a quelque chose qui blesse la loi. » Œuvres. VIT, p. i85.
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Shippcn après avoir fait remarquer que les troupes n'étaient pas nécessaires a considérant l'ère glorieuse que l'honorable gentleman nous dit nous être ouverte ainsi qu'à toute l'Europe » (il est fait ici allusion au traité de Seville) continua ainsi : « Elles ne sont pas nécessaires pour forcer l'Empereur à une accession immédiate, pas plus que pour la sûreté de la personne et du gouvernement de Sa Majesté. Les usurpateurs et les tyrans seuls ont recours à la force et à la violence*. »
A ces mots, dit Montesquieu, « toute la Chambre fut étonnée », mais d'après la Parliamentary History y l'orateur poursuivit :
« Je m'aperçois que certaines personnes prennent ombrage de mes paroles, aussi, pour qu'elles ne soient pas mal interprétées, je vais les répéter. J'affirme donc que c'est une maxime établie en science politique que seuls les usurpateurs et les tyrans ont recours à la violence, parce qu'ils se méfient à juste titre du peuple qu'ils oppriment et qu'ils n'ont d'autre garantie de la durée de leur domination illégale et antinaturelle que celle qui dépend entièrement de la forcé de leurs armées. »
Il conclut son discours, d'après le compte rendu de la Parliamentary History, en assurant ironiquement ses auditeurs que, quelque économe qu'il fût des deniers publics, il y avait un article du projet de budget sur lequel il ne marchandait pas, c'était