Lettres fam,, GXXVIj OEuores, vol. VII, p
On ne s'occupait guère des faits et gestes de Montesquieu, ce qui le prouve c'est qu'on le supposait habiter avec Waldegrave qui se trouvait alors à Vienne. Il est réellement singulier que la présence d'un homme aussi distingué fut aussi complètement ignorée du public. Il n'est fait aucune mention de lui, autant que j'ai pu m'en rendre compte, dans la correspondance des hommes de lettres de cette époque ou dans les journaux périodiques ; son arrivée, ses faits et gestes durant son séjour, son départ passèrent également inaperçus. Pourtant, les Lettres Persanes avaient été traduites en anglais en 1722, elles avaient eu beaucoup de succès et on en avait publié une seconde édition peu de temps après son arrivée en Angleterre. La couverture, il est vrai, ne portait pas de nom d'auteur, mais cet anonymat, ainsi que le montre la préface du traducteur, avait été soulevé aussi bien à Londres qu'à Paris.
La seule mention de Montesquieu ou plutôt de ses ouvrages que je puisse trouver est l'annonce dans le Weekly Medley du 29 novembre 1728, d'une traduction de Mahmoud et Genesvide « écrite par l'auteur des Lettres Persanes ». Il est à peine besoin de dire qu'aucun ouvrage de ce genre n'était jamais sorti ni ne devait jamais sortir de sa plume, mais ce fait montre au moins que les éditeurs jugeaient à propos d'exploiter son nom.
Il est d'autant plus remarquable que si peu de place lui ait été accordée dans les journaux et dans les notes des auteurs contemporains que Voltaire
avant lui et Rousseau après lui y ont été très souvent mentionnés. Les raisons de cette différence, cependant, ne sont pas difficiles à deviner.
L'une que nous avons mentionnée déjà était sa connaissance imparfaite de la langue qui le détournait de la société en général, on pourrait, croyons-nous, en trouver une autre dans ses tendances aristocratiques. Il dit dans ses Pensées Diverses :
« Quoique mon nom ne soit ni bon ni mauvais, n'ayant guère que deux cent cinquante ans de noblesse prouvée, cependant, j'y suis attaché *. »
En d'autres termes, il était un aristocrate qui ne pouvait se permettre de badiner avec son rang. A l'exemple de La Rochefoucauld et Bussy Rabutin parmi ses compatriotes et de Walpole et Gibbon parmi les nôtres, il ne tenait pas à être considéré comme un homme de lettres et ne recherchait pas la société des hommes de lettres.
Aussi limita-t-il ses relations au cercle de Chesterfield et à la Royal Society dont presque tous les membres de l'aristocratie anglaise qui se piquaient de culture faisaient partie. Si Chesterfield et Folkes jouèrent pour lui le rôle de traits d'union avec la société intellectuelle, le duc de Richmond et le duc de Montague semblent avoir été les compagnons préférés de ses moments de délassement. Dans sa correspondance il dit avoir passé avec eux les heures les plus agréables de son existence, et qu'il était dif-