I. Œuvres, vol. VII, p
MONTESQUIEU EN ANGLETERRE iSQ
ficile de dire s'il fallait les aimer davantage que les respecter*.
Comme Montesquieu aimait les plaisirs de la table, nous n'avons pas besoin de mettre en doute la sincérité de ce qu'il dit à propos des heures agréables passées avec ses deux amis, mais quand il nous parle de la difficulté de fixer la proportion d'attachement ou de respect qu'ils lui inspiraient, il fait usage, il nous semble, du « clinquant » dont parle Charles Yorke. Il n'y eut jamais au monde un personnage plus insignifiant et plus grossier que Charles Lennox, second duc de Richmond. La reine Caroline le comparait à une mule et mettait en doute qu'il fiit en possession de toutes ses facultés, tandis que Horace Walpole disait de lui qu'il était « le seul homme qui aimât le duc de Newcastle » . Il était grand buveur et au cours de ses grossières et stupides orgies de Goodwood, le champagne coulait à flots, à tel point que Montesquieu jugea prudent de prévenir son ami, l'abbé comte de Guasco, de ne pas porter trop souvent sa santé à la table de Richmond^. John duc de Montagne était certainement un excellent compagnon de plaisir, il était l'auteur d'une mystification auprès de laquelle les meilleurs farces de Thomas Hooke n'étaient que de vulgaires pitreries^, mais il faisait et il fit toute sa vie l'impression d'un écolier qui avait grandi trop vite.
I. Lettres fam., XXIV; Œuvres, vol. VII, p. 2A5. 3. Lettres fam. ; Œuvres, vol. VII, p. 332. 3. Cf. Jesse, Memoirs of the Court of England from the Revolution to the Death of George II, vol. Ill, p. 58-6i.
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Sa belle-mère, Sarah, duchesse de Malborough, disait de lui \
« Tous les talents de mon gendre consistent à agir comme un garçon de quinze ans et il en a près de cinquante-deux : il s'amuse à attirer les gens dans son jardin pour les arroser, il invite des personnes à sa maison de campagne et met des objets dans leur lit pour leur donner des démangeaisons, et il se livre à vingt autres charmantes fantaisies du même goût. »
Montesquieu fut la victime de l'une de ces charmantes fantaisies. Quelque temps après avoir fait sa connaissance, le duc l'avait invité à sa maison de campagne, probablement à Blenheim. Lorsqu'il arriva, il fut décidé que Ton « jouerait aux ambassadeurs )) ce qui signifiait je suppose que le duc devait recevoir son hôte en grande cérémonie. Le duc avait eu l'idée de faire placer un baquet d'eau froide dans un trou, à l'endroit où Montesquieu devait lui faire sa révérence. Lorsque ce dernier s'avança pour saluer Malborough, il trébucha et tomba dans le baquet la tête la première. « Je trouvai cela étrange assurément, dit Montesquieu à Charlemont lorsqu'il lui raconta cette histoire plusieurs années après, mais vous savez bien qu'un voyageur doit prendre le monde tel qu'il est, et sa grande bonté à mon égard et sa façon incomparable de comprendre les choses rachetèrent amplement pour moi les inconvénients de mon bain forcé ^. »