Hardy, Life of Charlemont, vol. I, p
MONTESQUIEU EN ANGLETERRE l6l
Un des traits les plus frappants du caractère de Montesquieu se manifeste dans cette appréciation de l'incident en question. On peut difficilement imaginer un manquement plus grave aux convenances sociales que la manière d'agir de cet aristocrate anglais. Cependant Montesquieu disait encore en parlant de son aventure : « La liberté, pourtant, en est la cause, c'est elle qui laisse libre jeu à la nature humaine et lui permet de se manifester dans toute son originalité et qui pour une expérience désagréable dont elle peut être la cause, donne au monde dix mille exemples grands et utiles. »
Ce fut avec la même lucidité, la même modération et la môme indulgence qu'il jugea tout ce qu'il vit en Angleterre. Il découvrit derrière la comédie infâme jouée par Walpole et les Patriotes a Westminster, derrière les inconvénients inhérents au gouvernement de parti, la licence sans frein de la presse et les mœurs grossières et brutales du peuple, des avantages qu'il aurait après tout échangés volontiers pour les qualités d'élégance qui faisaient du Paris du Grand Monarque le séjour des grâces et l'image extérieure delà tranquillité*.
Il est peu probable que Montesquieu ait visité l'Irlande, mais il s'intéressait à la question irlandaise et pressentit l'importance qu'elle devait acquérir plus tard.
I . Cela ressort avec évidence de ses ouvTages en général ; ce qu'il a dit dans la préface de VEsprit des Lois était sans aucun doute une concession faite à la prudence.
Dans une conversation qu'il eut avec Charlemont plusieurs années après, à La Brède, il déclara qu'il était fortement en faveur de l'Union.
« Si j'étais Irlandais, dit-il, je la désirerais certainement, et en tant qu'ami de la liberté, je la désire sincèrement, pour la raison bien simple qu'un pays faible uni à un pays qui lui est très supérieur en puissance ne peut jamais être certain du mainlien de ses libertés publiques s'il n'a pas, par ses représentants, une part proportionnelle dans la législature du royaume supérieur*. »
La politique, la science et la vie sociale n'étaient pas les seuls sujets qui intéressaient Montesquieu. Peu de temps avant son arrivée en Angleterre, William Kent, le précurseur de Brovs^n avait révolutionné l'horticulture ornementale et créé l'art des jardins.
L'ancien style français que Pope a décrit ainsi dans une spirituelle satire
No pleasing intricacies intervene No artful wildness to perplex the scene ; Grove nods at grove, each alley has a brother, And half the platform just reflects the other
avait cédé la place au style qui, disait Walpole, « égale la peinture et embellit la nature » .
Ce fut dans ce style que Kent arrangea les jardins de Carlton House et de Kensington et le jardin et le parc de Claremont. La nouvelle mode faisait rage et personne ne l'admirait plus que Montesquieu.