‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 7 sur 103 · I. Œuvres completes, Beuchot, vol. XXXVIII, p · texte numérisé non relu

I. Œuvres completes, Beuchot, vol. XXXVIII, p

Anglais cultivés étaient familiers avec la langue de Racine et Molière. Chaque année, pendant la « season », une troupe théâtrale de Paris venait à Londres. A la cour, le français était le langage usuel. La connaissance de cette langue était considérée en 1728 comme faisant essentiellement partie d'une bonne éducation, si bien qu'au mois d'octobre de cette même année parut à Londres le premier numéro d'un journal dont l'objet était de faciliter son étude*. En fait, partout 011 il allait, Voltaire rencontrait soit des compatriotes soit des Londoniens qui pouvaient causer avec lui en français. Chez Bolingbroke il n'entendait probablement parler que cette langue car lady Bolingbroke ne s'exprimait que très rarement en anglais.

Nous avons d'autre part de nombreuses preuves de la connaissance approfondie du français que possédait Falkener.

Parmi les Anglais cultivés de cette époque, il y avait une exception remarquable et c'était malheureusement le cas d'un homme avec lequel Voltaire était très désireux d'échanger ses idées. « Pope, écrivit-il plusieurs années plus tard, pouvait à peine lire le français, et ne parlait pas un mot de notre langue ^. »

1. Voir le Flying Post ou Weekly Medley, dont le premier numéro parut le 8 octobre 1728.

2. Cf. Spence, Anecdotes (Singer 8 vo), p. 2o4, note, et Voltaire, Lettres philosophiques, XXII : i< Ce que je sais, ainsi que tous les gens de lettres d'Angleterre, c'est que Pope, avec qui j'ai beaucoup vécu, pouvait à peine lire le français, qu'il ne par-

l8 VOLTAIRE EN ANGLETERRE

Le désir de Voltaire de se rencontrer avec Pope avait sans doute été excité par les remarques flatteuses que Popeavait faites, deux ans auparavant, sur La //enr/ac^e, ou comme cet ouvrage était alors intitulé La Ligue.

Un exemplaire de ce poème lui avait été envoyé de France par Bolingbroke et pour être agréable à ce dernier il avait fait son possible pour le lire tant bien que mal. L'examen rapide qu'il avait fait de cet ouvrage lui avait donné, dit-il, une idée très favorable de l'auteur qu'il déclarait être « un bigot, non un hérétique ; un homme qui reconnaît l'autorité et tient compte des nécessités nationales, ce qui ne l'empêche pas d'observer la vérité et de pratiquer la charité, un homme, en un mot, digne de l'amitié dont vous l'honorez* ».

Bolingbroke avait sans doute fait part à Voltaire de ces remarques élogieuses et il semble qu'il y ait eu par la suite un échange de lettres entre les deux poètes, bien qu'il ne soit resté aucune trace de cette correspondance ^ .

Nous possédons trois relations de la première entrevue de Pope avec Voltaire. La première est celle de Owen Ruflhead reproduite en substance par Johnson dans sa biographie de Pope ; la seconde est celle de Goldsmith et la troisième celle de Duvernet. Peut-

lait pas un mot de notre langage, qu'il n'a jamais écrit une lettre en français. »

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