‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 73 sur 103 · Œuvres Çédit. Laboulaye), vol. VIT, p. /)3i · texte numérisé non relu

Œuvres Çédit. Laboulaye), vol. VIT, p. /)3i

pour lui faire la lecture et tint à continuer à se mettre au courant de tout ce qui paraissait en Angleterre dans le domaine de la philosophie et de la science.

Il est évident qu'une grande partie de la correspondance de Montesquieu a été détruite ou perdue ; les lettres dont il faut le plus regretter la perte sont celles qu'il échangea avec Chesterfield. Il avait pour Chesterfield une profonde affection et une sincère estime, il le considérait comme un excellent critique et il est probable qu'il eut recours à ses conseils pour la composition de \ Esprit des Lois.

Ils s'aimaient et s'estimaient d'ailleurs réciproquement.

Dès que la nouvelle de la mort de Montesquieu arriva en Angleterre, Chesterfield écrivit dans un journal de Londres un article nécrologique sur son ami qui est un modèle d'éloge délicat et juste.

« Ses vertus firent honneur à la nature hum.iine, et ses ouvrages à la justice. Ami de l'humanité, il affirma hautement ses droits naturels et imprescriptibles, même dans son propre pays dont il déplorait depuis longtemps les préjugés en matière de religion et de politique, préjugés qu'il avait essayé, non sans succès, de dissiper. Il connaissait bien et il admirait à juste titre Theureuse constitution de notre pays où les lois établies empêchent également la monarchie de dégénérer en tyrannie et la liberté en licence. Son nom sera illustré par ses œuvres qui lui survivront aussi longtemps que la saine raison, la morale et le

véritable esprit des lois seront compris, respectés et soutenus \ »

D'Alembert a montré d'une façon exacte, dans son Éloge, ce que Montesquieu devait à l'Angleterre:

« Il se lia d'intime amitié avec des hommes accoutumés à penser et à se préparer à de grandes actions par des études approfondies, ce furent eux qui lui enseignèrent la nature du gouvernement et lui permirent de la comprendre parfaitement.

« Montesquieu a dit lui-même, en généralisant ce que ses voyages dans les principaux pays d'Europe lui avaient appris, que l'Allemagne était faite pour y voyager, l'Italie pour y séjourner, la France pour y vivre et l'Angleterre pour y pensera »

Son séjour en Angleterre donna une nouvelle orientation à ses études. Il avait écrit auparavant les Lettres persanes et le Temple de Gnide ; après son retour d'Angleterre, il écrivit les Considérations sur la grandeur et décadence des Romains et V Esprit des Lois. L'étude de notre constitution, de notre politique, de nos lois, de notre caractère, de notre système social, de nos coutumes et de nos mœurs lui fournit les matériaux indispensables à la composition de son grand ouvrage.

Ce fut en Angleterre qu'il vit fonctionner parallèlement le régime monarchique, le régime aristocratique et le régime populaire, et qu'il put comparer

1. Evening Post, février 1755, et Stanhope, Chesterfield's Letters, IV, p. i48.

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