‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 74 sur 103 · D'AJembert, Eloge de Montesquieu · texte numérisé non relu

D'AJembert, Eloge de Montesquieu

leurs avantages et leurs inconvénients respectifs. Ce fut chez nous qu'il comprit en quoi consistait la liberté dans le domaine intellectuel et moral, en politique et dans la vie sociale.

Il vit la liberté dans toute sa laideur, il la vit aussi dans toute sa beauté.

Patiemment, sobrement, et en laissant de côté les préjugés, il étudia, analysa, compara et c'est sur les conclusions qu'il tira de ses observations que sont basées la plupart des généralisations qui l'ont rendu immortel.

Nous ne devons cependant pas oublier que ses études anglaises eurent un résultat immédiat plus important.

Si Rapin de Thoyras avait, avant Montesquieu, exposé à l'Europe les principes du gouvernement constitutionnel, ce ne fut qu'après avoir été exposés de nouveau par Montesquieu que ces principes commencèrent à attirer sérieusement l'intérêt sur le continent : nous savons avec quels résultats.

Montesquieu avait une profonde connaissance de l'histoire anglaise dont il aimait à citer les événements en exemples. Bien que son œuvre soit essentiellement originale, il devait certainement beaucoup, indirectement, aux écrivains anglais.

Il était capable de lire et de suivre en conversation noire langue, puisqu'il était au courant d'ouvrages qui n'avaient pas encore été traduits en français et qu'il trouva moyen de prendre des notes aux séances du Parlement.

MONTESQUIEU EN ANGLETERRE l6^

Il connaissait à fond les ouvrages de Locke qu'il appelle le grand éducateur de l'hurnanilé, il avait lu les livres de Hobbes et analysé les Discourses de Algernon Sidney. Il connaissait bien également VOceana d'Harrington, ouvrage qui eut sur lui une grande influence \

Il avait lu avec soin les livres d'histoire de Burnet et Echard et aussi the Survey of London de Stovs^e. Il avait lu également V Utopia de More et la Fable of the Bees de Mandeville. 11 cite plus d'une fois le Spectator d'Addison, d'une façon qui prouve que ce livre lui était familier. Il semble avoir éprouvé une grande admiration pour Shafesibury, que, chose étrange, il plaçait en compagnie de Platon, Malebranche et Montaigne « au premier rang des grands poêles du monde ».

Les relations de voyageurs anglais lui ont fourni une grande partie de sa documentation pour dépeindre la vie orientale et les mœurs des sauvages.

Il cite rarement nos poètes, mais les citations de poètes français sont également rares dans ses ouvrages.

Nous n'avions rien à lui apprendre au point de vue du style et de la composition, bien que l'Angleterre de l'époque oii il la visitait possédât des écrivains du talent de Bolingbroke et de Pope.

Ce[jendant il n'est pas exagéré de dire que VEsprit des Lois n'aurait jamais vu le jour, ou que du moins

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