‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 76 sur 103 · Texte, p · texte numérisé non relu

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ment très favorablement prévenu en faveur des Anglais mais lui avaient de plus permis de prévoir l'accueil cordial qui l'attendait chez eux, selon toute vraisemblance.

Dès le printemps de 1762, lorsque Rousseau était allé pour la première fois se réfugier à Neuchàtel, le bon sens de lord Keith lui avait montré que le seul pays où Rousseau pourrait trouver un asile était celui qui avait accueilli ^ oltaire. Là seulement Rousseau trouverait ce qu'il ne pourrait jamais trouver sur le continent « placidam sub libertate quietem ». C'est ce qu'il lui expliqua, en lui promettant de le recommander à ses amis et de mettre un appartement à sa disposition à Keith Hall, château qu'il possédait en Ecosse. Mme de BoufiQers donna à Rousseau le conseil d'accepter et elle écrivit à Hume. Lord Keith fit de même.

La réponse de Hume parvint à Mme de Boufflers alors qu'elle se trouvait à Londres pendant Tété de 1762. Hume écrivait qu'il était tout disposé à aider Rousseau car il n'y avait, ajoutait-il, personne en Europe qu'il estimât davantage et à qui il serait plus fier d'être utile, il admirait l'élévation de ses sentiments qui lui faisait fuir les obligations et la dépendance ». Il allait écrire sur-le-champ à tous ses amis pour leur faire part de l'honneur que M. Rouseau nous avait fait en choisissant l'Angleterre pour son asile. Les Anglais, disait-il encore, vivaient heureux sous l'égide d'un roi protecteur des Lettres et il espérait seulement que Rousseau ne dédaigne-

rait pas les bienfaits que ce roi ne manquerait pas de lui accorder.

Hume écrivit ensuite à Rousseau directement, supposant à tort qu'il était déjà à Londres, Pendant ce temps, Mme de Boufflers avait traduit en français les passages de la lettre de Hume dans lesquels il était question de Rousseau et avait transmis cette traduction à ce dernier à Neuchâtel, bien qu'avec un retard considérable. Rousseau la lut avec des transports de joie, la montra à lord Keith et s'empressa d'y répondre.

« Que ne puis-je espérer, de nous voir un jour, dit-il en terminant, rassemblés avec Milord dans votre commune patria, qui deviendrait la mienne !

« Je bénirais, dans une société si douce, les malheurs par lesquels j'y fus conduit et je croirais n'avoir commencé de vivre que du jour qu'elle aurait commencé. Puissé-je voir cet heureux jour plus désiré qu'espéré ! Avec quel transport je m'écrierais en touchant l'heureuse terre où sont nés David Hume et le maréchal d'Ecosse

Salve, fatis mihi débita tellus, His domus, haec patria est^ »

Il ajoutait qu'il regrettait de s'être établi à Motiers au lieu d'aller en Angleterre.

En réalité, ainsi que nous l'apprend une de ses lettres à Mme de Boufflers, il ne pouvait supporter

I. Correspondance, 19 février 1763. Œuvres completes, vol. VU, p. 336.

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l'idée de \ivre dans une ville et il redoutait les fatigues d'un long voyage, il craignait de plus que ses ressources ne fussent pas suffisantes pour lui permettre de vivre en Angleterre et il ne voulait pas les augmenter en acceptant des cadeaux, rnais il craignait surtout d'être mal vu des Anglais, à cause d'une remarque malveillante qu'il avait faite sur leur compte dans Emile. La remarque à laquelle il fait allusion se trouve dans une note du second livre.

« Je sais que les Anglois vantent beaucoup leur humanité et le bon naturel de leur nation, qu'ils appellent good natured people ; mais ils ont beau crier cela tant qu'ils peuvent, personne ne le répète après eux *. »

La principale raison de ses hésitations, pourtant, était peut-être un fait que la prudence et la courtoisie l'empêchaient de révéler. Il ne comprenait pas les Anglais et ne les aimait pas davantage ^

Il raconte dans ses Confessions que Mme de Verdelin l'ayant poussé à écrire à Hume pour reprendre les pourparlers relatifs à son installation en Angleterre, il refusa.

« Comme je n'avois pas naturellement de penchant pour l'Angleterre et que je ne voulois prendre ce parti qu'à l'extrémité, je refusai d'écrire et de promettre^. »

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