‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 77 sur 103 · Œuvres completes, vol. I, p · texte numérisé non relu

Œuvres completes, vol. I, p

2. Dans les Confessions, partie II, livre XI, il dit crûment : « Je n'ai jamais aimé l'Angleterre ni les Anglais. » Œuvres completes, vol. Ill, p. iSa.

3. Confessions, partie II, livre XII. Œuvres complètes, vol. III, p. 167.

Telle est sans doute la véritable explication de sa conduite.

Cependant Mme de Boufflers, Mme de Vadelin et lord Keith avaient fait pour lui ce qu'il ne voulait pas faire lui-même. Par suite, il reçut, à Strasbourg, une nouvelle lettre de Hume qui lui proposait de venir le chercher et de Taccompagner à Londres et de prendre toutes les dispositions nécessaires pour son installation.

Hume était, à cette époque, arrivé au faîte de sa renommée, à la fois au point de vue littéraire et au point de vue social. U venait d'être chargé d'affaires d'Angleterre à Paris oii il était devenu l'idole des ruelles et dessalons et ses ouvrages de philosophie et d'histoire lui avaient valu des hommages si extravagants qu'il en était lui-même étonné.

Rousseau ne fut pas insensible à l'honneur d'avoir pour protecteur un homme aussi distingué et finalement après avoir fait quelques difficultés pour la forme, il se décida à accorder au roi d'Angleterre la faveur qu'il avait eu primitivement l'intention d'accorder au roi de Prusse.

« Tout bien pesé, je me détermine à passer en Angleterre, écrivit-il à Peyron. » «Vos bontés, Monsieur, écrivit il d'autre part à Hume\ me pénètrent autant qu'elles m'honorent: la plus digne réponse que je puisse faire à vos offres est de les accepter et

I, Correspondance. Lettre à Hume, 4 décembre 1765 j Œuvres completes, vol. VIII, p. 55.

ROUSSEAU EN ANGLETERRE iSq

je les accepte. » Dans la seconde semaine de décembre il arriva à Paris et quelques heures après son arrivée, il tombait dans les bras de Hume.

Son arrivée à Paris fut le signal de manifestai ions extraordinaires. La noblesse, les personnesà la mode, les hommes de lettres, les savants, les gens du peuple essayèrent à Tenvi de le voir.

(( Il est impossible d'exprimer ou d'imaginer l'enthousiasme de cette nation pour lui, écrivit Hume à Blair, comme je suis censé l'avoir sous ma garde, tout le monde et surtout les grandes dames me harcèlent pour lui être présenté; Voltaire et tous les autres sont entièrement éclipsés par lui^ »

Le malheur était que l'arrêt du Parlement n'avait pas été rapporté et comme Rousseau s'entêlait à parader dans les Jardins du Luxembourg dans son costume arménien et paraissait ainsi défier ouvertement la loi, la police le prévint d'avoir à écourter son séjour, sans cela ni le passeport du prince de Conti, ni les murs du Temple ne l'empêcheraient d'être arrêté-.

Rousseau tint compte de cet avertissement et le 4 janvier 1766^ il quitta Paris avec Hume et un ami genevois, M. de Luze. Ils furent arrêtés à Calais par le mauvais temps et ce ne fut pas avant le samedi 1 1 ou le dimanche 12 janvier, au soir, qu'ils purent

Page 1