Grimm, Correspondance, V^ partie, vol. V, p. la/J
3. Id. Cette date est confirmée par les Lettres de Rousseau à Mme de Crequi et à Mme Latour.
I go ROUSSEAU EN ANGLETERRE
mettre à la voile. En tout cas, ils arrivèrent à Londres le lundi i3V
La traversée de Calais à Douvres qui dura douze heures, ne fut rien moins qu'agréable. La mer était très agitée, il régnait une obscurité profonde et la température était si basse que les matelots eux-mêmes étaient à demi morts de froid. Hume descendit dans l'entrepont et souffrit cruellement du mal de mer, mais Rousseau resta courageusement sur le pont, gelé ettrempéjusqu'aux os par l'embrun. Enfin on atteignit Douvres et les trois amis débarquèrent. Rousseau a raconté lui-même la scène du débarquement. Transporté par la pensée qu'il avait enfin mis le pied dans le pays de la liberté, en compagnie d'un homme aussi illustre que Hume, il se jeta au cou de ce dernier, tout surpris, l'étreignit passionnément en silence et couvrit sa figure « cette large figure sans expression » encore verte sans doute de récentes émotions, de baisers et de larmes. Après cette démonstration, on prit la route de Londres.
On sut bientôt que « le célèbre M. Rousseau », comme l'appelaient les journaux, était arrivé. « Tout le monde, dit le London Magazine, est curieux de voir cet homme qui par ses bizarreries, s'est attiré tant de désagréments^. » Au bout de quelques jours il était presque aussi à la mode à Londres qu'à Paris. Le prince héritier, le beau-frère du roi, vint le voir in-
1 . London Chronicle ; Gentleman's Magazine ; Lettre de Rousseau à Mme de Boufflers, i8 janvier 1766.