‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 84 sur 103 · I. Diary and Letters, vol. II, p · texte numérisé non relu

I. Diary and Letters, vol. II, p

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quelques maisons de campagne très éloignées les unes des autres étaient les seuls signes de Texistence d'êtres humains dans cette région. Le climat était lourd et humide pendant la plus grande partie de l'année et la température était glaciale en hiver et au début du printemps. Bien que le paysage fût essentiellement pittoresque et très imposant, il était quelque peu sombre et austère. Rousseau fut enthousiasmé par la description qu'on lui fit de Wooton et déclara que ce serait un endroit parfait pour y finir ses jours ^ M. Davenport aurait volontiers mis sa maison à sa disposition et l'aurait de plus nourri gratuitement, il en avait d'ailleurs exprimé Tintention, mais Hume lui expliqua qu'une pareille offre serait regardée comme une insulte par son susceptible protégé. Les revenus de Rousseau, provenant en partie des contrats avec ses éditeurs et en partie d'une petite rente que lord Keith lui avait fait accepter, il n'avait fait cet honneur qu'à lui seul, s'élevaient à € 80 par an et Hume lui suggéra de payer € 3o pour lui-même et pour sa gouvernante. M. Davenport accepta volontiers cette proposition et c'est ainsi que Rousseau et Thérèse quittèrent Chiswick pour Wooton.

La veille de leur départ, il se passa chez Hume, dans son appartement de Lisle Street, une scène très curieuse au cours de laquelle se renouvelèrent les

I. Une lettre de Rousseau à Mme de Luze, du 10 mai 1766, contient une description très complète de Wooton et de ses environs. Œuvres complètes, vol. Mil, p. 92, gS.

gênantes démonstrations qui avaient eu lieu sur la plage de Douvres. Pour expliquer cet incident, il nous faut remonter en arrière.

Six semaines auparavant environ, Hume avait écrit à Blair : « Les philosophes de Paris m'ont prédit que je ne pourrais conduire Rousseau à Calais sans que nous nous querellions, mais je pense que je pourrais vivre avec lui toute ma vie dans des termes d'amitié et d'estime réciproques. » Les philosophes de Paris étaient plus clairvoyants qu'il ne le croyait et devait bientôt s'en apercevoir.

Un soir, chez Mme Geoffrin, peu de temps avant que Rousseau et Hume quittent Paris, Horace Walpole plaisantait les travers de Rousseau, en particulier la prétention qu'il avait d'avoir beaucoup d'importance aux yeux des grands. Il suggéra qu'il serait très amusant de fabriquer une lettre du roi de Prusse, conçue en termes très flatteurs, l'invitant à aller le voir à Potsdam.

Aussitôt rentré chez lui, il se mit au travail et rédigea un projet de lettre. Le lendemain il montra cette lettre à Helvétius et au duc de Nivernais, qui en furent si amusés qu'après avoir corrigé quelques fautes de français, ils persuadèrent Walpole d'en faire circuler des copies parmi leurs amis\ Au bout

I, Lettre à Hume, lo juillet 1766. Gomme elle n'est pas très longne nous allons la reproduire. Elle se trouve également dans la Life of Hume par Burton, p. 821, et dans la Correspondence d'Horace Walpole (édit Cunningham), vol. IV, p. 463, Walpole raconte en détail comment cette lettre fut composée.

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de quelques jours, la lettre avait fait le tour de Paris. « Les copies, écrivit Horace Walpole à Conway, se sont répandues comme une traînée de poudre et me voici à la mode'. » Cette lettre n'était pas un très brillant jeu d'esprit^, mais elle produisit une sensation extraordinaire, ou, comme dit Walpole, « un bruit énorme dans une ville où à la suite d'un événement quelconque tous les gens courent et piaillent comme une bande de poules ». La nouvelle arriva bientôt en Angleterre et dans la British Chronicle du 3i janvier un entrefilet parut dans la colonne des nouvelles de l'étranger. « Il circule à Paris une lettre qu'on dit écrite par le roi de Prusse, mais dont l'authenticité n'est pas bien établie. iVvant l'apparition

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