I. Burton, Lije of Hume, vol. II, 34i
coboQi à Garrick. Hume avait menacé de publier un compte rendu détaillé de l'affaire et il s'était alors décidé à le faire. Mais ses amis l'en dissuadèrent fortement, lord Keith et Mme de Boufflers par égard pour Rousseau, aussi bien que pour lui-même, Horace Walpole pour éviter le ridicule, Adam Smith pour des raisons de prudence, qu'il exposa très bien.
« Vous pouvez être sûr que son plus grand désir est précisément de vous voir écrire contre lui. Il commence à tomber dans l'oubli en Angleterre et il espère se donner de l'importance en provoquant un adversaire illustre. Il trouvera beaucoup de partisans : le clergé, les Whigs, les Jacobites, tous les hommes sages de la nation anglaise qui seront enchantés de mortifier un Ecossais et d'applaudir un homme qui a refusé une pension du roi. Il est assez probable, d'ailleurs, qu'il ait été payé très cher par eux pour la refuser et qu'il ait eu en vue cette compensation\ »
Adam Smith était alors à Paris et son avis était partagé par la plupart des amis français de Hume, le baron d'Holbach, Turgot, Mme Riccoboni, Mlle Riancour, et beaucoup d'autres.
Vers la fin de juillet cependant les avis changèrent. Au cours d'une réunion à Paris des hommes de lettres, amis de Hume, réunion convoquée par d'Alembert, il fut décidé à l'unanimité qu'il devait se justifier en publiant une relation complète de l'affaire. « Je m'a-
I. Burton, Life of Hume, vol. II, 3/ii-34a. Lettre datée 7 octobre 1766.
perçois, lui écrivit le baron d'Holbach, que la plupart de ceux qui s'intéressent à vous sont d'opinion que vous ne pouvez vous dispenser de vous justifier, cela est devenu nécessaire, à cause du grand nombre de partisans fanatiques que Rousseau a dans toute l'Europe et spécialement ici ; maintenant déjà ils spéculent sur votre silence et disent qu'il est étrange que des accusations aussi graves que celles que vous portez contre Rousseau soient portées sans preuves. C'est ainsi que je suis obligé de mettre trêve à mes conseils pacifiques ^ »
En fait, Rousseau, avec l'accent de l'innocence outragée, avait écrit à tout le monde que Hume n'osait pas publier ses accusations contre lui ni produire ses preuves. Mais ce qui poussa peut-être le plus Hume à suivre la ligne de conduite qu'il adopta fut la menace de Rousseau de faire appel à la postérité. On savait qu'il écrivait ses Confessions et qu'il avait l'intention de raconter l'histoire que Hume n'avait ni le courage ni l'honnêteté de raconter. Hume ne voulut naturellement pas laisser sa réputation à la merci du fou le plus sincère en apparence et le plus éloquent qui ait jamais existé. S'il devait être cloué au pilori, ce serait au moins à la honte de son bourreau. Il recula pourtant jusqu'au dernier moment. Finalement il réunit des documents qu'il envoya à Paris, s'en remettant à l'avis de ses amis sur l'opportunité de les publier. Après avoir hésité pendant quelque temps, on