I. Letters oj Eminent Persons, p
les remit à M. Suard, l'auteur des Mélanges de Littérature qui, avec l'assistance de d'Alembert, les arrangea, les traduisit en français lorsque cela était nécessaire et les publia sous forme de brochure. Cette brochure parut sous le titre de Exposé Succinct de la contestation qui s'est élevée entre M. Hume et M. Rousseau, avec les pièces justificatives. On était alors en octobre*. Au début de novembre parut une traduction anglaise publiée sous ]a direction de Hume luimême, sous le titre de .4 concise and genuine Account of the Dispute between M. Hume and M. Rousseau, translated from the French, with the Letters passed between them during their controversy . On ne peut lire cette relation sans reconnaître que Hume eut raison de la publier, bien qu'il l'eut regretté plus tard. Le ton en est peut-être un peu trop âpre, mais comme rien n'est avancé sans preuves et qu'il ressort clair comme le jour, de la lecture de cette brochure, que les monstrueuses suppositions de Rousseau n'étaient pas fondées et que Hume était entièrement innocent de ce dont il était accusé, Hume était, à notre avis, étant donné les conséquences de cette querelle, parfaitement excusable. Hume n'oublie jamais qu'il est un gentleman. Il n'insiste pas plus qu'il ne le faudrait sur les immenses services qu'il avait inlassablement rendus à Rousseau, sur sa patience et sa magnanimité en présence des pires provocations ni sur les nombreux services qu'il lui avait rendus. Il s'exprime
I. Cf. Letters of Eminent Persons, p. t86-i88 et 202 et suiv.
toujours avec mesure et modération. Le lecteur impartial éprouve plutôt de la pitié pour Rousseau que de rindignation contre lui, tant la relation prouve clairement qu'il se conduisit comme un homme hors de lui.
Le public était si curieux de lire V Account qu'il fut publié en livraisons par presque toutes les revues et tous les journaux importants. C'est ainsi que pendant deux jours, le 1 5 et le 17 novembre, la St-James's Gazette en remplit quatre colonnes, presque tout le journal. L'' Account fut également publié en grande partie dans la London Chronicle entre le i5 et le 26 novembre. Un peu plus tard, il parut dans le London Magazine, le Gentleman's Magazine et la Monthly Review. L'ingratitude est peut-être le seul défaut qui n'ait jamais trouvé d'apologiste et tout le monde manifestait sa sympathie pour Hume et son indignation contre Rousseau. A Paris et à Londres il n'y avait guère qu'une opinion. « Vous ne pouvez imaginer, écrivit Robert Wood*, combien chacun ici vous justifie et met Rousseau dans son tort. » On était généralement d'avis que Rousseau était fou, Mme Riccoboni déclarait carrément : « Rousseau est fou ; le succès de ses œuvres a dérangé sa tête. » Telle était aussi l'opinion de Mlle de l'Espinasse^. Hume était accablé de lettres sympathiques et de félicitations. Il reçut, entre autres, une lettre de Ferney,