I. Life of Pope, in-4°, p. i
tradictoires lors de sa première entrevue avec Pope. Tout d'abord lorsqu'il entra dans la chambre de ce dernier et qu'il aperçut notre pauvre et mélancolique poète, déformé et usé comme il l'était par la maladie et par l'étude il ne put s'empêcher de le regarder avec la plus profonde compassion. Mais quand Pope commença à parler et à disserter sur les devoirs moraux, en ornant les sentiments les plus délicats de la plus charmante diction, la pitié de Voltaire commença à se changer en admiration et finalement en envie. Il disait souvent qu'aucun homme ne lui fit jamais plus de plaisir en causant de choses sérieuses et qu'il n'avait jamais rencontré personne dont il eut gardé un meilleur souvenir ^ »
11 est difïicile de concilier ces deux versions avec celle de Duvernet qui, tenant presque très certainement ses renseignements de Thiériot, est une excellente autorité en la matière.
« Dans leur première entrevue, ils furent fort embarrassés. Pope s'exprimait très péniblement en français, et Voltaire n'étant point accoutumé aux sifflements de la langue anglaise ne pouvait se faire entendre. Il se retira dans un village et ne rentra dans Londres que lorsqu'il eut acquis une grande facilité à s'exprimer en anglaise »
Ce fut probablement plutôt ainsi que les choses se passèrent. Il est certain que Voltaire, peu de temps
I. Life of Voltaire, Miscellaneous Works, vol. IV, p. 2^a. Vie de Voltaire, p. 65.
après son arrivée en Angleterre, se consacra avec une grande assiduité à l'étude systématique de la langue anglaise. Il prit régulièrement des leçons avec un professeur qui l'aida sans doute dans la rédaction de sa correspondance qu'il prit alors l'habitude d'écrire en anglais et aussi dans la composition de ses deux fameux essais ^ . Il trouva moyen de se faire présenter à Colley Ciber et il se mit à fréquenter assidûment les théâtres où il suivait la pièce dans le livret^.
Cependant ses études furent interrompues par son départ précipité pour la France ; expédition qui l'exposait à de grands dangers et qui fut entreprise dans le plus grand secret. Nous n'avons que très peu de détails sur ce voyage. Nous savons par une lettre à Thiériot datée du 12 août 1726^ et écrite évidemment de l'endroit où Voltaire était caché, soit à Paris, soit aux environs, qu'il l'entreprit dans le but d'aller demander une réparation au chevalier de Rohan et qu'il passa un certain temps à Paris sous un déguisement sans essayer de voir aucun de ses amis ou de ses parents. Il hésita pendant quelque temps, écrit-il, sur le point de savoir s'il retournerait en Angleterre, bien qu'il appréciât beaucoup l'avantage de vivre dans un pays où existait la liberté de pensée, où tous les arts étaient honorés et encouragés et où, quoiqu'il y eut des différences de classes, on ne jugeait les hommes, en dehors du rang social, que