AUTRE
De V athéisme il fut l'apôtre^ Sans c(eur, sans âme^ il pourrit en. ces lieux. Villette à l'un, le Diable à Vautre, Dieu pouvoit-il se vanger mieux ?
On introduisit enfin sur le sacré Vallon un personnage que l'on n'y voit guères figurer, en lui faisant présenter au Sénat de la capitale la requête que voici :
A nos Seigneurs du Parlement,
Vous supplie humblement L'exécuteur de la Haute justice.
Disant que le trente de Mai Arouët.^ Seigneur de Ferney, Etant mort chez Villette, on a, par artifice, Dans la nuit du trente-un, transporté le pendard Au Monastère de SceUières Chez les enfans de Saint-Bernard , Qui par respect humain ou faute de lumières Ont pris, dit-on^ sur eux De mettre en terre sainte un si î^rand malheureux . Pourquoi le Suppliant requiert avec instance Quil vous plaise ordonner qu'en toute diligence Son cadavre exhumé soit reconduit ici
Ai'ant quil soit pourri ; Qu'ensuite son procès lui soit fait dans les formes; Et qu'en punition de ses crimes énormes A lui. Bourreau, soudain il soit ahandonné Pour être sur la claie Jwnteusement traîné. Par tous les quartiers de ville, Au milieu des brocards d'une canaille vile, Et que finalement cet insigne fripon Soit dans un tombereau conduit à Montfaucon, Oii, privé de la sépulture.
Aux oiseaux carnassiers il serve de pâture Ce faisant aux dépens condamnez le } aut-rien Envers le Suppliant, et ferez bien.
La famille et les amis de Voltaire affectèrent de répandre, après sa mort, qu'il avoit désiré d'estre inhumé à sa terre de Ferney, où il avoit fait préparer une chapelle dans cette vue (Voltaire a effectivement bâti une jolie église dans sa cour de Ferney à gauche en entrant : On lit au-dessus du portail... Deo erexit Voltaire'^). Le public disposé par ces allégations crut facilement, lors que le corps fut en chemin, qu'il alloit à cette destination. Ce bruit qui favorisoit le dessein de surprendre de Scellières, parvint jusqu'à l'Evêque de Genève résidant à Annecy à quelques lieues de Ferney, qui est dans son diocèse. Le
(i) Voltaire avait fait construire cette église en 1761 pour abattre l'ancienne qui masquait la façade du château. C'est dans cette église qu il fit en 1768 et 1769 les farces scandaleuses de ses communions, la dernière suivie peu de temps après de sa profession de foi catholique par devant notaire.
prélat, héritier du zèle comme du siège de Saint-François de Salles, donna aussitôt ses ordres pour le refus de la sépulture ecclésiastique : Une lettre qu'il écrivit alors à ce sujet fera connoître ses sentimens :